‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 63 sur 164 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

du peuple, rendit ses accusateurs odieux et commença la juste impopularité des carhonari. Us devinrent plus modestes en se sentant abandonnés, et rendirent plus facile au duc de Calabre le gouvernement embarrassant dont il était chargé.

Cependant le roi poursuivait son voyage jusqu'à Laybach, où le congrès avait été transporté. La première lettre qu'il écrivit de Laybach à son fils pour être communiquée à son peuple affectait une indifférence d'esprit des intérêts de son royaume et une légèreté de ton sur ses propres affaires qui allaient jusqu'au m.épris de son peuple. 11 n'y disait pas un mot du congrès, mais il y parlait de ses chiens de chasse qu'il avait emmenés avec lui en Bohême, et il y vantait leurs exploits en vieux chasseur plus occupé de leur supériorité que de l'héroïsme contesté de ses sujets.

Ces lettres commencèrent à faire réfléchir les carhonari de Naples sur le royal ambassadeur qu'ils avaient chargé de défendre, devant les souverains absolus et armés, les intérêts d'une révolution qui ne méritait même plus d'être mentionnée dans de telles dépêches.

Le duc de Calabre et les ministres continuaient avec ardeur les préparatifs contre une guerre qui ne paraissait plus douteuse. La France se taisait, mais son entente muette avec la Russie, l'Autriche et la Prusse, ne laissait pas douter de sa neutralité malveillante contre le gouvernement insurrectionnel des carhonari. La Russie retirait ses ambassadeurs et faisait hautement profession de la sainte-alliance, cette garantie réciproque des trônes. La Prusse, travaillée elle-même par les sociétés secrètes qui avaient tant contribué à soulever l'Allemagne du Nord contre la France, croyait frapper à Naples les révolutionnaires de Berlin. L'Angleterre, selon son habitude, soufflait l'audace aux carhonari en leur promettant, comme elle le faisait en Espagne, des principes de nonintervention qu'elle ne soutenait qu'en paroles et des flottes qu'elle ne montrait jamais. Enfin, l'Autriche faisait passer soixante mille soldats bien commandés dans la basse Italie, les réunissait sur les rives du Pô, prêts à passer ce fleuve et à marcher sur Naples et sur Rome.

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