LIVRE TROISIÈME l8f
Naples répondait à ces menaces par des armements imposants de troupes de ligne et de milices qui fascinaient par leur nombre et par leur beauté les yeux des carhonari. On ne vit jamais de plus belles troupes et en apparence de plus patriotiques partir pour la frontière.
Carascosa, général consommé, commandait la première armée, dont le rôle était de défendre le Garigliano sur la route directe de Rome. Il s'était couvert de retranchements et voulait avec raison se borner à fermer les passages dans les défilés de Fondi, de Gaëte, et la traversée du fleuve. Convaincu de l'infériorité de ses soldats, il voulait profiter des obstacles matériels, les faire reculer, peu à peu les enfermer momentanément dans les places fortes, telles que Gaëte et Capoue, puis les replier en négociant jusqu'aux faubourgs de Naples, s'y rallier avec son collègue, dont l'armée défendrait de même, pied à pied, la route des Abruzzes, et obtenir ensemble, par des efforts suprêmes et par des concessions raisonnables, de glorieuses capitulations en faisant euxmêmes des rectifications volontaires à l'absurde constitution d'Espagne. C'était le plan d'un bon patriote et d'un bon militaire.
Le jeune et inhabile général Guillaume Pepe, qui s'était donné de bonne foi aux carhonari et qui croyait aux miracles du patriotisme déclamatoire de la populace napolitaine, avait pris le commandement de l'armée des Abruzzes, beaucoup plus nombreuse que l'armée de Carascosa. Il s'était avancé, plus qu'il ne convenait à la sûreté du royaume, jusqu'aux frontières de Rome, méditant des plans et rêvant des victoires.
Une seconde dépêche du roi au duc de Calabre, son fils, arriva alors et déclara son impuissance à modifier les résolutions hostiles du congrès; l'abolition radicale de la constitution d'Espagne était exigée sous peine d'invasion, et le roi faisait espérer, après la soumission du royaume, des institutions volontaires et presque représentatives, gages de progrès dans l'administration et d'indépendance dans la nation. Cette dépêche répandit la terreur et la fureur dans Naples.
Le parlement, quoique convaincu de l'inutilité d'un guerre de principes démagogiques contre les armées inépuisables, disciplinées et coalisées de toute l'Europe, feignit de déUbérer sous la