‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 77 sur 164 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

sentir. Elle donne à tour sa gravité, elle rend sérieux. Ce qui rend sérieux rend sage.

Tel était cet homme remarquable, qui avait pu avoir des fautes, même des vices, mais dont la nature était très supérieure à la vie.

Il me présenta sans jalousie, mais au contraire en se parant de moi, à la cour de Florence.

Cette cour était alors un véritable échantillon de ces cours d'Italie du xv^ siècle qui rappelaient la Grèce antique à l'Italie, et qui contenaient plus de civilisation, plus de génie, plus d'élégance, plus d'art et de poésie, que toutes les grandes monarchies encore semi- barbares de l'Europe n'étaient capables d'en comprendre. Les papes d'élite de ces époques, les cours orageuses et tragiques de Naples, les républiques et les Médicis de Florence, les duchés de Ferrare ou de Milan, les aristocraties et les démocraties héroïques de Venise ou de Gênes, avaient fait dans ces temps de renaissance du moyen-âge une mosaïque en miniature, mosaïque en action, héroïque, philosophique, poétique et artistique, de l'univers tout entier. Ce moyen-âge, si honteux pour les autres peuples européens, a été, peut-être plus

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que l'époque romaine elle-même, la véritable époque merveilleuse de l'Italie. Les Romains n'étaient que les conquérants dévastateurs du monde; les Italiens en étaient les poètes dramatiques. La scène du monde était chez eux; ils y jouaient en petit les drames des plus beaux caractères et les jeux les plus intéressants de la fortune. A l'exception du Piémont, sorte de Macédoine barbare qui se confondait avec la Gaule et avec la Suisse, toute cette péninsule semblait s'être détachée de l'Orient avec son ciel, son climat, ses mœurs, ses poètes, ses politiques, ses historiens, ses orateurs, ses héros et ses femmes. Une histoire de ces siècles italiens, refondue aujourd'hui par un grand écrivain, par un Thucydide de l'Europe moderne, serait le livre le plus magique qui pût instruire et charmer les peuples.

La cour de Florence était la continuation des Médicis. La maison de Lorraine avait succédé paisiblement et sans conquête, par héritage, par déshérence, avec consentement de l'Europe en congrès, au dernier des Médicis.

Le grand-duc de Toscane, celui qui vit encore à l'heure oii j'écris et que l'envahissement de ses États, sans cause et sans déclaration de guerre, a

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