‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 93 sur 164 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Le baron de Damas, gouverneur depuis du duc de Bordeaux, était alors ministre des affaires étrangères en France. C'est un de ces hommes d'Etat de la restauration contre lesquels le libéralisme malveillant et tracassier de l'opposition parlementaire et du dénigrement des journaux s'est le plus acharné. A cette époque, on le peignait comme un homme borné parce qu'il était modeste, rétrograde parce qu'il était modéré, clérical parce qu'il était rehgieux. Rien n'était plus injuste et plus faux. Sans prétention comme sans jactance, sans ambition comme sans faiblesse, c'était un homme de raison et de devoir, ne recherchant aucun poste élevé. Sa con-^cience et son humihté lui faisaient craindre de ne pas l'occuper dignement pour son roi et pour son pays, mais lui défendaient de refuser quand le roi et le pays lui donnaient la consigne de s'y dévouer. Le dénigrement ne Lirritait pas : il le regardait comme une condition du pouvoir, dans les temps de licence de la parole ; il n'y faisait pas attention, de quelque côté qu'il vint. Les royahstes de la faction outrée et turbulente de M. de Chateaubriand ne le lui épargnaient pas

plus que les libéraux; c'était pour lui le murmure des vagues de l'opinion libre, il y était résigné. Bien servir le roi et bien diriger la diplomatie qui lui était confiée était son unique pensée. La faveur n'avait point d'accès dans ses choix; il ne pensait qu'à être juste, même envers ceux de ses subordonnés qu'il ne connaissait que par leurs dépêches.

On le taxait de jésuitisme, reproche alors banal, justem.ent adressé aux hommes politiques inféodés par ambition à cette secte occulte qu'on appelait la Congrégation et qui se faisait de la dévotion un moyen d'intrigue et une échelle d'avancement. Je ne consentis jamais à entrer dans cette secte sacrilège, plus que sacrée, à laquelle on me convia souvent en qualité de poète religieux et royaliste.

Je fus témoin et confident actif des résistances du baron de Damas aux sourdes menées du parti jésuitique en Italie. Le baron m'avait nommé de lui-même, et sans sollicitation aucune autour de lui en ma faveur, chargé d'affaires de France auprès de la cour de Toscane et des autres cours de l'Italie centrale, telles que Parme, A'iodène,

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