LIVRE QUATRIÈME
Lucques, après la mort de M. de La Maisonfort. Les jésuites et la congrégation tramaient alors je ne sais quelle agitation sourde en Italie dans l'intérêt de leur prédominance en France. Je fus averti qu'un groupe de ces hommes, dangereux par les idées qu'ils semaient sur leur route comme étant les idées de la cour de France, devaient passer par Florence, y tendre leurs fils et aller les renouer à Rome. Le duc de Laval-Montmorency, seul ambassadeur de France à Rome, m'en prévint par une dépêche confidentielle. Cet excellent homme, très royaliste comme son nom, mais très loyal commxe son caractère et très constitutionnel comme son temps, n'était pas plus congréganiste que moi. Je le remerciai, je me tins sur mes gardes, et je donnai avis au premier ministre Fossombroni et au grand-duc lui-même de ces menées, en les priant d'éloigner ces jésuites de Florence, et en désavouant d'avance leurs insinuations.
On sait que les jésuites n'ont jamais été en faveur dans les cours autrichiennes. C'est une tradition de Léopold, de Joseph II et des ministres de Vienne, en rivalité active contre l'influence des papes en Italie, où l'Autriche se gardait bien de la favoriser en laissant grandir chez elle cette milice de la cour romaine. Le grand-duc, quoique très religieux, les redoutait; il ne faisait que suivre en cela les traditions de sa maison. Ils furent observés, éloignés, déçus dans
leurs petits complots de coterie. Ils se hâtèrent de gagner Rome, où le duc de Laval-Montmorency avait déjoué d'avance leurs projets. J'instruisis par une dépêche le baron de Damas des mesures que j'avais prises contre eux en Toscane. Quand je le revis à Paris quelques années après, il me loua beaucoup du zèle que j'avais apporté à éteindre ces mèches de l'intrigue attribuée aux jésuites, (c J'ai donné ma conscience à mon catholicisme, me dit-il gravement, mais je n'ai point donné la politique française aux jésuites. Je vous remercie de m'avoir compris et secondé. » Ce furent à peu près les mêmes paroles que Charles X, seul avec moi dans son cabinet aux Tuileries, me dit lui-même en me féhcitant de toute ma conduite pendant le long interrègne de la légation qui m'avait été confiée. On voit combien il y avait loin en effet de l'inféodation cléricale qu'on attribuait au baron de Damas et au roi, à la réalité. Le présent préjuge sur des préjugés, l'histoire juge sur des révélations de ce p-enre et sur des actes.
Je reviens à la mort du pauvre marquis de La Maisonfort. J'étais trop jeune et trop récent dans