‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 96 sur 164 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

ministère d'intimité, quand le prince fut installé aux Tuileries, avant l'entrée solennelle du roi. Actif, spirituel, ambitieux, porteur de parole des hommes importants de l'Empire et du sénat auprès du lieutenant général du royaume, et des Bourbons auprès des hommes les plus compromis de la Révolution et des régicides, tels que Fouché, M. de Vitrolles se ménagea une situation utile à tous et à lui-même.

Son importance politique s'accrut encore en i8i^, après le retour précaire de Bonaparte. Il essaya de contre-révolu tionner le midi, et d'établir à Toulouse le siège d'une guerre civile dont il aurait été le pivot. Il échoua bientôt dans sa tentative, fut arrêté, et n'échappa au péril que par l'indulgente comphcité de Fouché, avec lequel il s'entendait sans paroles.

Après le second retour de Louis XVIII, M. de Vitrolles se rangea derrière le comte d'Artois, parmi les royalistes exagérés et mécontents qui déploraient les faiblesses de la charte constitutionnelle et qui demandaient, sans penser au temps, les institutions nettes de l'ancien régime. Au risque d'aliéner les neuf dixièmes de la France de la royauté sage et modératrice de Louis XVI 1 1 , il participa follement, s'il ne l'inspira pas, à la rédaction de cette fameuse note secrète, dénonciation coupable d'un parti en France contre la France tout entière, pour supplier la coalition de ne point évacuer le territoire sans exiger des

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gages, au moment où le ministère patriotique du duc de Richelieu venait d'obtenir des puissances l'évacuation de ces armées étrangères, garnisaires de l'Europe dans nos foyers asservis.

Les intrigues de cour et de salon du comte d'Artois l'occupèrent alors tout entier; il en parut l'âme. Les royalistes de cette couleur le regardèrent alors comme le futur ministre de la royauté absolue que le règne présumé de ce prince semblait prédire à la France. Il eut une importance d'arrière-cabinet. On inventa le nom de gouvernement occulte dont il passait pour être l'inspirateur.

La mort de Louis XVIII devait être, selon les prophètes de cour, la date de l'avènement aux grandes affaires de M. de Vitrolles. Elle fut la sépulture de ce nom. Charles X, soulevé par l'esprit du temps, était devenu constitutionnel en approchant des réalités de son règne. M. de Villèle, qu'il s'agissait de détrôner, fut maintenu sagement par le roi à la tête du ministère.

La présence à Paris d'un homme dangereux à son système de transacdon déplaisait à ce réaUste du gouvernement parlementaire. Charles X luimême, embarrassé de M. de Vitrolles à Paris, ne

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