‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 1 sur 142 · VIS 'DE L'ÉT>ITEU · texte numérisé non relu

VIS 'DE L'ÉT>ITEU

Cette autobiographie de Lamartine est, pour ainsi dire, injîdite. Elle fut publiée par l'auteur à la fin de l'édition de ses. Œuvres complètes en quarante volumes, qui ne pouvait s'acquérir que par souscription à la collection entière.

Elle comprend la partie des Mémoires politiq.ues

jusqu'à l'HlSTOIRE DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

C'est le dernier livre que Lamartine ait écrit (1865), et sans contredit l'un des plus remarquables. Les Confidences, Les Mémoires inédits ne dépassaient pas sa jeunesse. Ici c'est l'homme raconté et jugé par lui-même. Aussi ce titre nous a semblé le mieux approprié à ce volume.

Ce livre résume les notes biographiques éparses dans les préfaces, dans les commentaires des Poésies, dans les Entretiens littéraires, dans la Correspondance, et contient des aperçus nouveaux écrits avec l'autorité que donne la vie à ses derniers

Il AN'ISDELEDITEUR

jours et un relief de style qui marque une œuvre testamentaire.

Les Mémoires politiciues étaient précédés d'une introduction, se rattachant plus aux circonstances privées qui déterminèrent la publication des œuvres complètes, qu'au volume que nous publions. Nous n'avons pas cru devoir la reproduire.

Lamartine est aujourd'hui hors du temps, dans la postérité. Le livre qui l'explique n'a pas besoin de préface pour le lecteur.

LIV\E T\EmiE\

'ai raconté dans les Confidences ce qui pouvait être raconté de ma vie d'heureuse et sainte famille, de belle jeunesse et de poésie innée; j'y renvoie mes lecteurs, et, laissant de côté dans l'ombre tout ce qui touche à la vie de l'âme dans ces années où l'âme est tout l'homme et où l'amour est l'âme tout entière, je vais rechercher dans mes notes éparses, confuses, incomplètes, tout ce qui dans ma vie et dans ces jeunes années mêmes a touché de près ou de

loin à la politique. On aura ainsi deux hommes très distincts en moi, parce qu'en réalité la nature me fit double : l'homme de cœur et l'homme de bon sens, l'homme intérieur et l'homme extérieur. Je sais bien que les envieux et les ignorants, les uns fournissant des dénigrements aux autres, affirment que je ne suis et que je ne fus jamais qu'un homme d'imagination, et que la politique, réservée à la médiocrité, ne fut jamais qu'une prétention démon amour-propre. Je ne perds pas mon temps à discuter avec eux : ils ont peut-être raison; j'ai peut-être tort. Mais, tort ou raison, l'instinct ou le génie de la haute politique naquit avec moi. Ce n'est pas autre chose que le bon sens le plus vulgaire appliqué à la conduite des gouvernements et à l'organisation de la société selon les heux et les temps; la droiture d'esprit dans les grandes choses et l'énergie de caractère dans les grands dangers de la vie publique. Un héros de bon sens, voilà le grand homme politique. Je ne le fus pas, les circonstances ne me permirent pas de l'être; mais ce fut là, du moins, la vocation secrète et constante de ma vie dès l'âge oii la nature, plus forte que le préjugé, parle dans l'homme.

Cette vocation était naturelle dans un jeune homme bien doué, qui était né au miheu d'un temps essentiellement politique, d'une famille et d'une société presque exclusivement occupées de la chose publique, à peine échappées à l'échafaud

Page 1