LIVRE CINQUIÈME "JO
dynastie. Avec des majorités à vous dans les Chambres, avec une garde nationale à vous dans la rue, que vous peut-on? Rien que des émeutes plus ou moins prolongées, plus ou moins sanglantes. iMais ce qu'il y a derrière ces émeutes, la république de 1793, est votre égide parla terreur qu'elle inspire; vos sauveurs sont les républicains terroristes, qui sont en extrême minorité ailleurs que dans les clubs et dans les journaux, et qui, en menaçant tout le monde de l'anarchie sanguinaire au dedans, de la guerre de turbulence et de caprice pour la Pologne au dehors, aliènent tous les esprits et donneront au gouvernement une force non d'affection, mais de nécessité invincible. Voilà l'avenir de votre règne. Je ne suis pas suspect de partialité pour ce règne, je ne l'aime pas; mais mes sentiments personnels ne prévalent pas sur mon jugement. Vous durerez ce que durent les mauvaises choses, le temps d'accomplir leurs phases et d'être renversées. C'est vous dire assez, poursuivis-je, que je ne viens pas solliciter de vous, de vos amis, du roi lui-même, de l'avancement; je viens, au contraire, vous supplier d'accepter immédiatement ma démission sans retour de la place de ministre plénipotentiaire que je devais à Charles X et à son ministre, le prince de Pohgnac. »
M. Molése refusa longtemps et invinciblement à accepter ma démission. Il la regardait comme un mouvement d'humeur auquel j'avais tort de céder, et qui serait funeste à moi et de mauvais exemple aux autres. J'eus toutes les peines du monde à obtenir de lui cette faveur de renoncer à toute faveur, et de me retirer de tout emploi public, pour rester fidèle à la dynastie légitime dont je n'avais pas partagé la faute, mais dont je voulais partager le malheur.
Nous causâmes longtemps, lui se refusant, moi insistant. A la fin, il me dit : a S'il m'est impossible de vous convaincre, il m'est tout aussi impossible de vous destituer. Voyez le roi et diteslui vos motifs.
— Non, lui dis-je, je ne le verrai pas. Non que j'aie peur d'être converti par lui ou que j'aie la superstition de la légitimité jusqu'à redouter la présence d'un souverain électif, mais j'ai la superstition de l'honneur, et je craindrais qu'en me v^oyant entrer dans le Palais-Royal on ne crût que j'y entre pour solliciter une faveur, tandis que je n'y entrerais que pour décliner convenablement toute adhésion au vainqueur.