‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 101 sur 142 · LIVRE CINQUIÈME 30f · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME 30f

— Eh bien, reprit-il, écrivez-lui; je me chargerai de lui remettre votre lettre demain au conseil des ministres, et, si vous n'avez point de répugnance à dîner demain avec quelques-uns de vos anciens amis chez moi, venez, et je vous ferai part de la réponse du roi à votre lettre. »

Cela fut ainsi arrêté. Je rentrai chez moi, et j'écrivis ma lettre, lettre courte, convenable, respectueuse, mais sans réplique, dans laquelle je remettais ma démission au nouveau roi, en le priant de l'accepter comme une nécessité de mes principes, de mes sentiments pour l'ancienne dynastie et de mon honneur, mais en le priant de ne pas me confondre avec ceux qui allaient faire la guerre à son gouvernement, mais avec les bons citoyens de toute opinion qui le plaignaient d'avoir subi la couronne, et qui n'en serviraient pas moins leur pays gratuitement, sous routes les formes qu'il plairait à la France de se donner.

J'envoyai ma lettre cachetée à M. Mole, et j'allai le lendemain, comme il avait été convenu, dîner chez lui pour en recevoir la réponse.

En me voyant entrer, M. Mole vint au-devant de moi, et, m'entraînant dans l'embrasure d'une fenêtre : « Voici, me dit-il, ce qui s'est passé. J'ai remis votre lettre au roi à l'ouverture du conseil; tous les ministres étaient présents; le roi l'a ouverte et l'a lue deux fois, avec l'apparence d'un homme qui regrette et qui approuve; il a passé la lettre à Dupont de l'Eure, qui était assis à côté de lui : a Lisez, lui a-t-il dit, cette lettre. Voilà « une démission convenablement et noblement « offerte, qu'en pensez-vous ? » Dupont de l'Eure a fait un geste d'assentiment et a passé le papier à Laffitte, également satisfait de l'acte et de la forme. La lettre a fait le tour de la table du conseil; puis, le roi faisant signe à un huissier : « Allez chercher, lui a-t-il dit, le duc d'Orléans. » Le jeune prince est entré. « Tiens, lui a dit son « père en lui tendant le papier par-dessus son « épaule, lis cette lettre de M. de Lamartine et c( porte-la à la reine. Cela est digne et point « offensant. Voilà comment il faut se retirer d'un « règne qu'on se croit obligé de ne pas servir. « Mais j'aime à croire que ce ne sera pas un « dernier mot. Dites à M. de Lamartine, ajouta-

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