‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 131 sur 142 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

l'évidence et l'amertume qu'inspirait à tout honnête homme libre la conduite, inexcusable à mon avis, de M. Guizot, de M. Thiers et de leurs adhérents. Us m'aidaient suffisamment eux-mêmes à les combattre, par la violence de leur acharnement contre leur roi.

M. Thiers flattait les républicains de iS^o par des sarcasmes contre Louis-Philippe qui allaient jusqu'à lui reprocher les conditions de son règne : (( // fallait nous le dire en iSjo ! » s'écriait-il à la tribune en portant le coup au cœur du prince luimême, comme pour lui déclarer de plus haut que les conditions de son règne avaient été faussées et le délivraient de son adhésion.

M. Guizot, après des déclarations de même nature, répondait de la tribune aussi au républicain Garnier-Pagès l'aîné, qui l'interpellait avec approbation sur ses maximes et lui demandait s'il irait jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la révolution : (( Oui, monsieur, jusqu'au bout! » Et tous les coalisés applaudissaient avec frénésie à cette déclaration catégorique ! Les séances de la Convention égalaient seules les violences de ces serviteurs congédiés de la couronne! Et voilà l'homme que nous avons vu plus tard conduire le même roi au détrônement et à l'exil, plutôt que d'accorder une loi sur l'association théorique à une Chambre encore indécise, et que nous voyons aujourd'hui prêcher la sagesse et le respect aux parlements!

L'un n'était que léger et pardonnable dans ses colères d'enfant mécontent de ce qu'on lui avait brisé dans les mains son jouet, le pouvoir. L'autre avait la rancune méditée d'un homme implacable qui sait ce qu'il fait et qui voit ce qu'il dit, sans reculer devant les conséquences.

La majorité se réunit en masse chez un de ses membres les plus accrédités, M. Delessert, pour se concerter à la fin de la session et pour se réorganiser à la session suivante. Il s'agissait de déterminer le choix que cette majorité encore prépondérante arrêterait pour donner un président à la Chambre, au commencement de l'année suivante.

Ce fut la première occasion où je fis l'épreuve pratique de l'ingratitude des hommes politiques à l'égard de l'homme désintéressé qui leur avait rendu les plus éclatants services. Tous les orateurs, sans en excepter un seul, prirent la parole et commencèrent par rendre un hommage unanime à l'utilité et au talent dont j'avais marqué mon passage parmi eux, et tous conclurent par dire que ma nomination aux fonctions de président ne pourrait rien ajouter à mon ascendant

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