‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 132 sur 142 · LIVRE CINQUIÈME 3yi · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME 3yi

sur la Chambre, et qu'il était plus utile de rallier à leur parti un orateur éminent, flottant et indécis, M. Sauzet, que ce choix engagerait à les servir. Tous m'interpellèrent pour faire appela ma générosité et n'hésitèrent pas à me désintéresser de toute ambition de ce genre et à me demander de me désister de mes prétentions présumées à la présidence.

Je souriais intérieurement de ces hommages et de cette ingratitude masquée sous de si belles paroles. Je me levai pour dire mon avis. Je ne dis pas mon avis sincère, car je ne désirais aucunement cet honneur parlementaire pour moi-même. Je ne désirais pas être arbitre, mais rester combattant dans les vives discussions qui se préparaient. D'un autre côté, en me plaçant au point de vue de cette majorité qui devait tendre à tout prix à me rapprocher du roi par des fonctions neutres qui m'auraient commandé, au nom de l'Assemblée, de paraître dans certaines occasions de corps en présence du roi, il était évident que cette nomination m'aurait rapproché de la cour et aurait fourni au prince l'occasion naturelle d'être en rapport plus intime avec le citoyen. Cela sautait aux yeux, et si j'eusse été membre de la majorité, je n'aurais pas manqué de tenter cette loyale épreuve. Je ne doute pas que le roi luimême n'eût été heureux de la faire naître; il n'avait rien à y perdre et avait tout à y gagner. Mais moi personnellement je n'avais rien à y

gagner, et je pouvais y perdre aux yeux du pays quelque chose de mon puritanisme d'indépendance.

Je me gardai bien de toucher dans mon discours à ce texte déhcat de discussion et je parlai franchement et longuement contre moi-même, m'éliminant de toute candidature, rendant grâce à mes collègues dont les suffrages m'honoraient plus que le vote ne m'aurait servi, et leur déclarant d'avance que je n'étais qu'un volontaire passé pour une circonstance grave à leur service, mais qui reprendrait son indépendance absolue aussitôt que le danger serait éloigné. Je passai de là à l'examen de notre situation future et j'ébauchai le plan de nos ressources pour triompher l'année suivante. Je fus couvert d'acclamations frénétiques, et l'on vota pour Al. Sauzet.

C'est peut-être à ce vote illogique et mal inspiré que cette majorité sans reconnaissance dut le succès de la révolution de 1848, que le moindre obstacle pouvait faire dévier; mais elle eût été plus terrible peu de jours après.

Je rentrai alors à la campagne et je conçus le livre des Girondins. Des éditeurs de Paris vinrent

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