‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 135 sur 142 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

trée dans le ministère; ajoutant que, dans le premier cas, il viendrait, et que dans le second il s'abstiendrait, étant parfaitement convaincu que la possibilité de sa candidature dépendait absolument de ma conduite à son égard. Je possédais en effet alors en mains une centaine de votes de l'ancienne majorité que je pouvais influencer pour ou contre lui.

Je répondis que je soutiendrais son ministère, non point à cause de lui, que j'avais cessé d'estimer politiquement depuis la coalition, mais pour prévenir la guerre folle dans laquelle M. Thiers voulait engager le roi et la France à propos du pacha d'Egypte; qu'il pouvait donc venir à Paris en toute confiance, bien sûr qu'il n'éprouverait aucun obstacle de mon côté.

M. Guizot vint. 11 osa briguer la présidence du conseil des ministres. Il recomposa comme il put les éléments décousus et désatTectionnés de la majorité qu'il avait détruite. Le dévouement au roi et la crainte de la guerre lui fournirent une seconde majorité de politique et de tactique, également opposée à M. Mole et à iM. Thiers, avec laquelle il essaya de gouverner.

Ce fut alors qu'il tenta à tout prix d'obtenir mon consentement à son gouvernement, soit par un ministère, soit par l'ambassade de Vienne ou par l'ambassade de Londres qu'il vint m'offrir chez moi avec instances. Je le refusai poliment, en l'assurant qu'aucune ambition personnelle n'entrerait jamais pour rien dans les considérations dirigeantes de ma conduite, et que, si je soutenais son cabinet avec l'ancienne majorité, ce serait uniquement pour résister à M. Thiers et pour rendre impossible la guerre d'Egypte et la combustion sans raison de l'Europe entière, dans laquelle il avait voulu jeter le monde par légèreté.

M. Guizot se retira, pensant que je n'avais pas dit mon dernier mot.

Peu de temps après, j'allai moi-même au ministère des affaires étrangères pour lui rendre sa visite. Il reprit sa conversation, sans plus de succès.

« Mais enfin, me dit-il en finissant, de tels refus cachent une ambition plus haute, car le roi ne peut pas offrir mieux à quelqu'un, à moins de lui offrir sa couronne. Oserai-je vous demander confidentiellement et pour moi seul les vrais motifs de vos refus?

— Monsieur le ministre, lui répondis-je en me levant pour prendre congé, puisque vous insistez tant pour connaître les vrais motifs de mes refus de tant de faveurs royales, c'est que vous me croyez apparemment un homme politique donc il vous importe de sonder les véritables vues?

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