‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 141 sur 142 · LIVRE SIXIÈME 4I · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME 4I

la raison humaine dans les idées, dans les institutions, dans les lois, dans les droits de tous, dans l'indépendance des cultes, dans l'enseignement, dans les lettres, dans le fond et dans la forme des gouvernements! (Très bien!) La raison humaine, quoi qu'en disent les amateurs de ténèbres, est la confidente divine de la Providence sur la terre. Elle est la révélation continue des vérités dont la clarté s'accroît sans cesse sur l'horizon des peuples. La raison humaine est la foi intellectuelle de la France. La grandeur de la France est, pour ainsi dire, de tout temps liée à la grandeur de l'esprit humain. Invoquer son triomphe, c'est invoquer celui de la France, de la vérité politique, du peuple et de Dieu! » (Salves répétées d'applaudissements.)

Tel fut ce discours. Rien n'égale l'enthousiasme avec lequel il fut écouté et l'accueil surtout que reçurent les passages à la fois fermes et modérés de mes théories. On voit qu'en sondant le mal d'une main vigoureuse, je ne faisais aucun appel à l'esprit de faction pour le guérir; mais que, si le roi avait voulu le comprendre et en suivre les inspirations, la révolution, prévenue dans sa source, aurait été sans motifs et par con-

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séquent sans succès. Tous les journaux de France le reproduisirent et grandirent ainsi la secousse qu'il avait imprimée au pays; il rendit mon nom puissant et ma popularité irrésistible.

Je repartis la nuit même pour la campagne, où je reçus le lendemain tous les hommes notables qui avaient quitté des départements éloignés pour me voir. La France se sentait bien comprise et l'opinion bien exprimée. La coalition seule, blâmée par moi dans ses alliances incompatibles, se tut et continua ses discordantes provocations dans les départements. Elles produisirent peu d'effet, et, à l'ouverture de la session de 1848. elle entra dans la Chambre sans plan, sans idées, sans unité, toute-puissante pour agiter, incapable d'agir.

Depuis mon discours au banquet des Girondins, à Mâcon, je m'étais renfermé à la campagne, occupé uniquement de travaux littéraires et de la présidence du conseil général de mon département, qui m'avait reçu d'abord avec froideur et dédain, et qui, d'année en année, de discussion en discussion, ne pouvant se refuser à l'évidence d'une certaine valeur politique réelle, avait fini par m'élever à sa direction, où il me maintint

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