‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 22 sur 142 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

quitté Paris, à une éruption aussi soudaine de la révolution espagnole à l'extrémité méridionale de l'Italie.

Deux directions très opposées, celle du ministère constitutionnel et libéral de M. Pasquier, ministre responsable des affaires étrangères à Paris, et celle de M. de Blacas, ambassadeur à Rome, favori et confident du roi Louis XVIIf, allaient se disputer le rôle de la France dans les affaires d'Italie. M. Pasquier voulait, avec raison, agir avec expectative et lenteur envers une révolution encore dynastique qui ne disait pas son nom et qui ménageait les princes. M. de Blacas était l'ennemi résolu, franc, provocateur et téméraire de l'insurrection sous toutes ses formes, et secrètement appuyé sur la confiance de son roi et de son ami Louis XVIII.

M. le duc de Narbonne connaissait cette double direction qu'il avait à subir; il en était embarrassé, penchant plutôt, par son habitude d'émigré, à obtempérer aux ordres de M. le duc de Blacas, et plutôt enclin par sa haute, solide et modeste raison, à suivre la politique de M. Pasquier. C'était un de ces hommes vertueux et sensés qui vont droit, qui sentent juste, dont la prudence est à la hauteur des événements les plus comphqués, quand ils n'écoutent qu'eux-mêmes, mais dont la timidité maladive redoute de prendre la responsabilité des choses, et qui se réfugient dans le silence et dans l'obéissance avec une subordination

d'enfant. Nul n'était plus estimable dans la vie privée, nul n'était moins apte à la vie publique- Adorable dans la retraite par sa bonté, très capable dans le jugement des situations, très réservé sur la scène.

La duchesse de Narbonne, sa femme, qui ne l'avait pas suivi à Naples, était une petite personne, quelque peu difforme de corps, d'une physionomie intelligente, d'un esprit de repartie prompt, piquant et fin, plaisant beaucoup au roi, qui la ménageait pour n'avoir pas à la redouter contre lui-même. Elle avait obtenu cette ambassade pour son mari, et elle vivait à Paris dans l'intimité de la cour, défendant le duc de Narbonne contre les inconstances de la pohtique, qui pouvaient menacer sa situation.

L'ambassade était composée, sous M. de Narbonne, de M. de Fontenay, premier secrétaire, et de M. du Blaisel, ami et confident de l'ambassadeur, rentré avec lui de l'émigration.

M. de Fontenay, entré tard dans les affaires, était d'une famille distinguée des environs d'Autun, liée de longue date avec la mienne par des rapports de bon voisinage. C'était un des hommes les plus aimables, les plus vifs, les plus gracieux et en même temps les plus spirituels que le monde ait jamais prêtés à la politique. Il y était entré déjà avancé en âge, mais toujours gai, toujours jeune, toujours léger, de cette légèreté de surface qui n'enlève rien au sens exquis et caché des

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