LIVRE TROISIÈME l^f
mille hommes dévoués et irrités, remplacèrent en trois jours l'armée fugitive, s'organisèrent militairement sous des chefs moitié plébéiens, moitié princes, marchèrent au-devant de l'armée française, la firent un moment reculer, puis, se repliant eux-mêmes sur les faubourgs et sur les forts de la ville, en disputèrent l'entrée aux Français avec un courage de Spartiates. Preuve irrécusable de la valeur intrinsèque d'un peuple trop légèrement accusé de lâcheté quand des gouvernements amollis l'abandonnent à sa nature. Ils tuèrent quatre mille hommes à l'armée de Championnet, et périrent eux-mêmes, sans compter leurs morts, sur le seuil de leur capitale. Trahis par les républicains de Naples qui s'étaient enfermés dans les forts sous prétexte de les défendre et qui les livrèrent aux Français, foudroyés par leurs propres canons du haut de ces forts, ils capitulèrent aussi et laissèrent entrer l'armée française sur les cadavres de leurs frères. Cette trahison laissa dans les souvenirs de cette plèbe héroïque des ressentiments contre la noblesse et contre les princes du peuple convaincus de lâcheté et de perfidie, qui firent plus tard une explosion vengeresse par des forfaits célèbres en Italie.
On ne livre pas impunément sa patrie à des étrangers, même usurpant le nom de libérateurs. Le premier des principes, c'est l'indépendance. Voilà pourquoi Naples et la Sicile se révolte-
ront éternellement contre les armes du Piémont, même appuyées par celles de la France. Tout mouvement qui ne naît pas de lui-même et du sol national est un faux mouvement qui ne produit qu'une convulsion oppressive et une réaction légitime.
Les Français, entrés dans la capitale par la trahison du petit nombre des républicains nobles de Naples, établirent, sous le nom de République Parthénopéenne, un simulacre de république dont le général Championnet conserva, comme conquérant et protecteur, la dictature militaire. Il frappa, quelques semaines après, un impôt de cent millions de guerre payables en argent disparu, ou en bijoux et argenterie arrachés au trésor de famille des maisons opulentes. Les républicains commencèrent à rougir et à protester. « Malheur aux vaincus ! » leur répondit le nouveau Brennus. Un des chefs républicains, indigné, osa lui répUquer en termes que l'histoire a conservés : « Général, lui dit-il, tu as bien vite oublié que nous ne sommes pas, toi un vainqueur, et nous des vaincus; que ce ne sont ni des combats ni des victoires qui t'ont amené ici, mais que tu