LIVRE TROISIÈME I
pape et de la reine Caroline fut signée dans un traité de paix encore nécessaire à Bonaparte pour conquérir le titre de pacificateur à Naples et de conciliateur à Rome. Cet état de choses dura jusqu'au Consulat. Bonaparte, redescendu en Italie, perdit le matin, gagna le soir, la bataille de Marengo, où la fortune cette fois le servit plus que la victoire. Naples consternée revendiqua de nouveau sa neutralité du Directoire. Bonaparte partit pour l'expédition d'Egypte, et les Anglais, maîtres de la Méditerranée, atteignirent la flotte française à Aboukir. La reine, informée des désastres de la marine française, fêta cette victoire des Anglais comme sa propre victoire. Nelson, vainqueur, revint triompher à Naples. L'accueil qu'il reçut du roi et de la reine, accompagnés de la célèbre lady Hamilton, courtisane immortelle devenue épouse de l'ambassadeur d'Angleterre à Naples et favorite de la reine, rappela dans les temps modernes ce que la beauté de Cléopâtre avait inspiré à César et à Antoine en Egypte. L'amiral anglais Nelson trouva dans la passion, moitié politique, moitié sensuelle, de cette femme étonnante, la séduction, le délire, l'entraînement et jusqu'à la férocité de son dévouement aux vengeances de la reine. La terreur sanguinaire de la cour de Naples égala presque les forfaits de la terreur populaire de Paris. Tous ses ennemis, et même toute la noblesse suspecte de sentiments libéraux, périrent
par les mains du bas peuple napolitain, devenu le bourreau des partisans des Français.
Une armée imposante et nationale recrutée par l'enthousiasme, au nombre de soixante-cinq mille hommes, fut confiée parle roi à un général malheureux, quoique habile, le général Mack, Allemand, dont les défaites savantes n'avaient pu détruire la renommée. Le roi et la reine marchèrent avec lui sur Rome pour rassurer et soutenir le pape, et lancèrent de là, en trois colonnes, l'armée sur la basse Italie, défendue par les troupes françaises, peu nombreuses, mais commandées par les meilleurs généraux de la république. Ces généraux, tels que Duchesne, Kellermann, Championnet, se rejoignirent, battirent une à une les colonnes des Napolitains, entrèrent dans Rome, en chassèrent le roi de Naples, marchèrent par trois routes sur Naples, se réunirent devant Capoue, y firent capituler les restes en déroute de la formidable armée de Mack, et se crurent assurés d'entrer sans résistance dans la capitale, dégarnie de troupes de ligne.
Le roi, la reine, le gouvernement, la cour, s'étaient enfuis sur la flotte, en Sicile, avec les trésors et les musées de Naples. Mais le peuple, et surtout les la-iaroni, plèbe endémique de ces beaux climats, plus attachée à l'honneur du pays que la cour elle-même, se retrouva avec sa sauvage énergie au fond de cette capitale abandonnée. Les laiiaroni, au nombre de cinquante