‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 33 sur 142 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

1 8 brumaire le gouvernement du Directoire, dont l'inconstance française était déjà lasse, l'institution du Consulat, la bataille de Marengo, l'évacuation des Autrichiens, jetèrent de nouveau la cour de Naples dans la terreur. La reine partit pour Vienne, afin d'y surveiller ses intérêts auprès des ministres de l'empereur, son frère. La présence à Vienne de la reine Caroline sauva en effet son royaume. Elle employa le crédit naissant de l'empereur de Russie sur Bonaparte, pour obtenir de ce général diplomate, après Campo- Formio, le respect de ses E.tats. Bonaparte pardonna et accorda tout pour se concilier la Russie. Murât, à la fois général et ambassadeur, se rendit de Florence à Naples, et reçut de la cour napolitaine l'accueil et les fêtes décernées par les souverains qu'il devait un jour remplacer.

La rupture de la paix d'Amiens, la guerre d'Autriche, l'élévation de Bonaparte à l'empire, son couronnement à Paris par la main du pape Pie VII, la couronne de Lombardie décernée par la basse Italie à l'empereur des Français, la campagne d'Austerlitz, la déroute de la flotte française par Nelson à Trafalgar, abattirent et

relevèrent tour à tour l'esprit de la cour de Naples. Bonaparte résolut de mettre fin à ces alternatives d'alliance forcée et de guerre dangereuse qui menaçaient ses desseins en Italie, par l'occupation définitive du royaume. Masséna fut chargé de le conquérir.

A son approche, le roi partit pour la Sicile. Ses deux fils, François et Léopold, se replièrent en Calabre avec l'armée napolitaine, toujours fidèle au roi, sous le commandement de M. de Damas, habile et courageux émigré français. La reine rejoignit le roi à Palerme.

Bonaparte nomma son frère Joseph roi de Naples. Ce prince improvisé parla victoire fit poursuivre l'armée de Calabre par le général Régnier, à la tête de dix mille Français. Ces troupes d'élite rejetèrent en Sicile les deux premiers fils de la reine et les valeureux débris de leur armée. Les chefs de bandes napolitaines soutinrent seuls la guerre des partisans dans les provinces. Ces campagnes de guérillas conviennent mieux que les grandes guerres à ce peuple, parce que, peu propres à la discipline, ses soldats portent plus de passion personnelle et d'exploits héroïques dans les combats que de constance dans les longues campagnes. Le royaume de Naples n'est qu'une Vendée toujours vaincue, jamais soumise. Le prince de Hesse, Philipstad, rendit son nom immortel par la défense désespérée de Gaëte.

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