‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 34 sur 142 · LIVRE TROISIÈME I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME I

Bientôt après avoir donné à son frère le trône de Naples, Bonaparte, voulant élever encore ce frère dans la hiérarchie des trônes, le rappela de Naples pour lui donner le vaste empire d'Espagne et des Amériques. Il nomma à sa place l'époux de sa sœur, l'aventureux et intrépide Murât, dont l'ambition fut mal satisfaite, parce qu'il avait espéré régner à Madrid. Mais Murât était un héros; Joseph n'était qu'un roi d'aventure.

Les Napolitains reçurent Murât avec un honorable orgueil qui leur promettait un règne militaire et qui semblait les associer d'avance aux exploits du soldat couronné qu'on leur donnait. Ce roi, un peu théâtral et un peu chevaleresque, leur rappela, en effet, pendant tout son règne, l'antiquité romaine et la chevalerie espagnole qui forment le fond de leur souvenir national. Il fut brillant et il fut aimé. Il mérita de l'être par la magnanimité de son caractère. L'ingratitude seule envers celui qui lui avait donné la couronne ternit la fin de son règne. On sait comment, après la déroute de Moscou, campagne dans laquelle il avait fait des prodiges de valeur, il abandonna les

restes de l'armée française laissés en Allemagne à la merci des défections et des éléments, et revint à Naples négocier secrètement avec les Anglais pour sauver ses sujets et sa couronne des désastres de Napoléon. On connaît sa campagne équivoque et concertée avec les Autrichiens dans la basse Italie contre Eugène de Beauharnais, vice-roi de Milan, sa défaite, son retour à Naples, son détrônement, sa fuite de Naples en 181 )", son entreprise aventureuse pour reconquérir ses États, sa mort tragique mais toujours héroïque sous les balles des Bourbons à Pizzo. Le roi Ferdinand, féroce comme la peur, ne comprit pas dans cette occasion la grandeur de la magnanimité qui lui conseillait de voir dans Murât un rival et non une victime.

Le roi Ferdinand, toujours secondé par les Anglais, lança de Palerme une proclamation qui lui soumit le royaume. Son second fils, Léopold, entra triomphalement à Naples avec les Autrichiens et les Siciliens.

Le règne des souverains détrônés n'eut point de prétexte aux vengeances. Il fut doux, heureux, bien administré jusqu'en 1820. Les restes des

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