‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 37 sur 142 · LIVRE TROISIÈME IH · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME IH

Le camp de Sessa, comme nous l'avons dit, avait fourni aux carhonari une occasion de se compter et de s'entendre. Ils avaient néanmoins, faute de motifs, ajourné toute manifestation factieuse à un meilleur temps. Les différents corps étaient rentrés dans leurs cantonnements sans rien résoudre. Un hasard d'audace fit éclater la révolution du 2 juillet 1820.

Deux jeunes officiers, du régiment de Bourboncavalerie, affiliés aux carbonari, résolurent, dans un conciliabule nocturne, de hasarder l'insurrection, afin de la faire naître d'elle-même si leur exemple entraînait l'armée, ou de fuir s'ils échouaient dans une entreprise prématurée. Ils firent monter à cheval, avant le jour, cent vingt cavaliers de leur régiment, dont quelques-uns avaient seuls le secret de leur plan. Accompagnés du moine Mennichini et d'une ving-taine de carbonari de la ville, ils prirent ensemble le chemin d'Avellino, où les attendaient d'autres carbonari exilés peu de jours auparavant de Salerne. Leur cri de guerre, de nature à rassurer le peuple des campagnes, était : « Vive Dieu! Vive Le roi! Vive la constitution!» Dieu et le roi les firent bien

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accueillir sur la route. La constitution n'était pas comprise, mais ne répugnait à personne avec ce double commentaire qui garantissait la religion et la dynastie, ces deux loyautés du peuple. Le détachement de Morelli ne trouva qu'un écho universel sur sa route.

Arrivé à Morigliano, ville intermédiaire entre Nola et Avellino, Morelli écrivit au lieutenantcolonel deConciliis,qui commandait à Avellino, pour lui faire part de son entreprise et l'engager à se rallier à sa pacifique insurrection. Ce n'était, lui disait-il, qu'une manifestation du désir général du pays pour obtenir du roi une constitution libérale mais monarchique, à l'exemple des Espagnols.

De Conciliis, carbonaro lui-même, mais né à Avellino, où sa famille noble occupait le premier rang dans la province, vit avec effroi la témérité de Morelli; il temporisa, il hésita, il voulut garder un juste milieu entre la loyauté et la révolte. Il s'échappa la nuit d' Avellino pour avoir une entrevue secrète avec MoreUi. Il parait que cet entretien de de Conciliis avec le chef des insurgés eut pour résultat une convention confidentielle qui laisserait les choses dans le siam quo et dans l'indécision à AveUino jusqu'à l'arrivée des ordres de Naples.

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La nouvelle de la manifestation armée de Morelli était arrivée rapidement au ministère napolitain. Elle le trouva en pleine sécurité. Le roi était en mer, monté sur le vaisseau amiral de sa flotte, pour aller à la rencontre de son fils qui revenait de Sicile. Les quatre ministres politiques Medici, Tomasi, le marquis de Circello et le ministre de la guerre Nugenr, général autrichien naturalisé à Naples, se rassemblèrent à l'instant dans la plus grande émotion et se concertèrent sur la manière d'informer le roi et de lui faire envisager l'échauf^ fourée de Nola. Le roi, mal rassuré, voulait attendre prudemment en mer le résultat de l'événement. On le convainquit difficilement de la nécessité de débarquer dans le port de Naples. Son instinct, plus habile que la témérité de ses ministres, lui disait qu'il embarrasserait davantage les carbonari indécis en restant à l'abri de leur pression sur son vaisseau prêt à le transporter sur les points du rivage où il pourrait faire appel à la loyauté de son peuple et aux troupes restées fidèles, qu'en rentrant dans son palais, exposé à toutes les insurrections de sa capitale et à toutes les exigences des révoltés.

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Il céda à regret aux assurances de ses ministres et débarqua avec son fils dans la ville, déjà agitée par les carhonari, mais encore fidèle.

Le général Nugent envoya chercher le général Guillaume Pepe, jeune miUtaire de l'armée de Murât, brûlant de se signaler par une action d'éclat, commandant la province d'Avellino, et le chargea de la répression des désordres de Nola. Pepe n'hésita pas à accepter. iMais à peine était-il nommé que les représentations les plus ombrageuses assaillirent le général Nugent, le roi, la cour, et leur persuadèrent facilement que cette nomination était une imprudence propre à donner un chef plutôt qu'un adversaire à la sédition. On désigna à la place de Pepe le général Carascosa, homme d'une renommée supérieure, ayant conquis sa popularité militaire dans les campagnes de Murât, mais d'une fidélité ancienne et récente à la restauration des Bourbons de Naples.

Cependant Pepe, secrètement favorable aux carhonari, et s'apercevantdéjàde la défiance qu'il inspirait, se préparait à partir sans ordre de Naples et à aller jouer à Avellino le rôle ambidextre et équivoque de La Fayette à Paris en 1 78c entre le roi, auquel il devait son commandement, et le peuple, au nom duquel il voulait imposer au roi la constitution des carhonari.

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Pendant ces hésitations, bien naturelles à un pouvoir peu sûr de son armée, et qui craint, en lui choisissant un chef, de poser le doigt sur un traitre, Carascosa, quoique fidèle, hésitait luimême à attaquer les révoltés.

De Conciliis, commandant d'AveUino, avait été les rejoindre hors de la ville et il était revenu en triomphe, à la tête de l'escadron de Morelli et des nombreuses bandes de carhonari, au chef-lieu de son commandement. II y avait été reçu, moitié de peur, moitié de complicité, par l'évêque d'Avellino, par les autorités royales, par les magistrats et par la foule, au cri à la fois inoffensif et révolutionnaire de : « Vive Dieu! Vive le roi! Vive la constitution! » Morelli lui avait respectueusement remis le commandement de son escadron et la direction complète du pouvoir qu'il se glorifiait d'avoir commencé et abdiqué au seul nom du patriotisme.

Les provinces circonvoisines de la Basilicate et de la Capitanate s'étant insurgées immédiatement sous l'influence des carhonari, Carascosa n'osait s'avancer contre des populations entières à la tête d'un si faible détachement de troupes

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prêtes à l'abandonner lui-même au premier contact avec le camp des insurgés. Tout était indécis et inquiet. Cette suspicion générale donnait du temps à la révolte; chaque heure en grossissait les éléments. Les régiments envoyés de Naples étaient embauchés en arrivant et désertaient pour se joindre à l'armée de Monteforte.

Pepe et Napolitani, deux généraux muratistes, se présentent enfin eux-mêmes à la caserne de la Maddalena, faubourg de Naples, et enlèvent un régiment de cavalerie et quelques compagnies d'infanterie, pour les conduire au-devant de l'armée. A cette nouvelle, une poignée de carbonari forcent la porte du palais du roi et demandent, avec l'autorité de négociateurs, un entretien avec le prince royal. Ils lui imposent la proclamation immédiate de la constitution, le doigt sur l'aiguille de sa montre, et le menacent d'un soulèvement général du peuple, si l'heure désignée s'écoule sans que le roi ait accompli ce qu'on lui conseille. Le vieux marquis de Circello, le ministre de sa confiance, se jette à ses pieds pour le supplier de céder à la nécessité. « La nation des Deux-Siciles, écrit le roi sous la dictée de ses ministres, ayant manifesté généralement le vœu de jouir d'un gouvernement constitutionnel, de notre pleine volonté nous déclarons y consentir et nous promettons d'en publier les bases dans l'espace de huit jours. » Par un décret simultané, le roi choisit de nouveaux ministres qu'il suppose plus

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