‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 36 sur 142 · LIVRE TROISIÈME Ifl · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME Ifl

habile,'àla tête duquel on remarquait un homme d'esprit profondément versé dans les finances, avait rétabli le trésor et suffisait aux besoins modérés d'une armée peu nombreuse, mais fidèle, en partie composée de Siciliens de la reine Caroline et d'anciens officiers et soldats de Murât épurés avec indulgence par des comités militaires. A peine quelques légers bruits d'association secrète, dans les corps qui la composaient et dans les provinces, éveillaient sans la troubler la surveillance du gouvernement.

Mais la récente révolution d'Espagne, qui venait d'éclater à la suite d'une insurrection toute militaire dans l'ile de Léon, et les premiers succès de Riego et de Guiroga, officiers ambitieux à tout prix de cette armée, portés tout à coup des rangs secondaires au sommet de la popularité et du commandement, venaient de produire une agitation sourde dans les rangs des états-majors de l'armée napolitaine. Elle était cantonnée en Calabre et dans les places de guerre voisines. Le roi avait eu quelques indices de cette conspiration; mais, rassuré par le ministre Medici, il avait hardiment ordonné à Sessa un rassemblement considérable de ces troupes, sous prétexte de les passer en revue. C'était imprudent sans doute, puisque le feu allumé dans une poignée de matières combustibles peut se communiquer plus aisément dans une masse incendiaire. Mais on présume que la pensée de la cour était une

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pensée politique comminatoire contre les États du pape, à Bénévent et dans les Romagnes. On n'a jamais su le motif secret de ce camp de Sessa, Avait-il été inspiré au roi par ses amis ou par ses ennemis ? On ne peut l'affirmer. Quoi qu'il en soit, il alla au camp avec toute sa cour. Il y fut bien accueilli. Les menées d'opposition y parurent déconcertées par la présence et par la familiarité de ce vieux monarque se confiant aux enfants de son peuple. Il revint à Naples et il y parut plus aimé que jamais. Il y retrouvait dans les chasses, la pêche, les cérémonies religieuses et dans un intérieur soumis et affectueux, les souvenirs des belles années de sa vie et la sérénité d'un beau soir.

Patriarche des rois, il était à la fois simple et bon dans ses mœurs, très fin et très spirituel dans ses propos et très roi dans son aspect. La tyrannie dont il avait quelquefois donné ou permis les rigueurs était morte avec sa première épouse, la reine Caroline. Tout promettait au royaume une fin de règne douce, heureuse et aussi libérale que l'autorité absolue le permettait. On parlait même assez hautement de ses dispositions à donner de lui-même à ses peuples une constitution représentative compatible avec l'autorité royale.

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