‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 45 sur 142 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

ment, avaient été d'accord pour soumettre l'ile par la force. Ils avaient donné le commandement de l'armée d'expédition à un général universellement estimé comme citoyen loyal et comme militaire éprouvé : c'était le général Florestan Pepe, du même nom que Guillaume Pepe, le dictateur de la révolution, mais infiniment plus considéré de la cour, des soldats et du peuple. Florestan Pepe avait promptement reconquis l'île et signé avec les princes, chefs du peuple, une convention honorable qui rattachait la Sicile à l'unité nationale des Deux-Siciles, mais qui lui accordait un parlement distinct. La nouvelle de cette concession faite à la Sicile après l'avoir reconquise exaspéra les carbonari de Naples, qui refusèrent de la ratifier. Florestan Pepe, vainqueur, fut désavoué, destitué, rappelé à Naples, où il faillit être accusé par l'ingratitude de ses concitoyens.

Le général Coletta, qui, depuis, écrivit en style de Tacite ces événements dans une histoire abrégée et monumentale, alla remplacer à Paierme le pacificateur désavoué. Coletta se conduisit avec vigueur et adresse, révoqua la concession du double parlement qui rendait tout gouvernement commun impraticable, et parvint, sans effusion de sang, à réduire et à calmer la Sicile.

Les carbonari de la capitale, dont le général Guillaume Pepe s'était déclaré le chef, au lieu de rester le chef de l'armée, accrurent leurs exigences

et les firent régner sur le gouvernement. Leurs réunions turbulentes dans les divers quartiers donnèrent à leurs partisans des soubresauts et des convulsions qui firent trembler les bons citoyens, commandèrent des déclarations de guerre insensées et des défis ridicules à l'Europe. L'assassinat à domicile d'un père de famille, ancien directeur de la police, arraché nuitamment des bras de sa femme et de ses enfants, et assassiné sur le seuil de sa maison par une bande armée et masquée de quatorze carbonari, exécuteurs des jugements de leur secte, répandit la terreur muette dans la ville.

Les anciens ambassadeurs de Naples dans les grandes cours furent révoqués: les nouveaux envoyés ne purent parvenir à se faire recevoir dans les pays où ils demandaient à s'expliquer. De tous côtés arriva à la cour la nouvelle de la réunion du congrès de Troppau pour combiner les hostilités des grandes puissances contre le carbonarisme napolitain. La France s'y tut; l'Angleterre refusa d'y paraître. La Prusse et la Russie autorisèrent l'Autriche à intervenir en leur nom en Italie, pour rétablir la liberté d'un gouvernement légitime opprimé par une secte. Ces puis^ sances écrivirent au roi Ferdinand pour l'inviter, comme premier intéressé, à venir assister au congrès pour y faire valoir ses droits.

A cette invitation des puissances, les carbonari élevèrent leur terreur et leur fureur jusqu'à la

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