‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 46 sur 142 · LIVRE TROISIÈME lyf · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME lyf

sédition ouverte. En permettant à leur roi prisonnier dans son palais de s'éloigner, ils craignirent avec raison que ses serments du 15 juillet à la constitution imposée ne fussent trahis aussitôt que Ferdinand se sentirait libre. Le roi, impatient d'échapper à ses geôliers, redoubla de témoignages de sincérité et jura de nouveau qu'il ne demandait à se rendre au congrès que pour défendre les volontés de son peuple devenues les siennes et pour écarter du royaume les calamités de la guerre.

Les ambassadeurs étrangers, et nous particulièrement, se rendirent secrètement auprès du roi pour lui offrir de s'interposer entre son peuple et lui. Ils agirent également par des conseils confidentiels auprès des principaux membres du parlement et des chefs modérés du carbonarisme, pour les décider à protéger la liberté du roi, à se fier à sa parole et à attendre de sa présence au congrès quelques offres de transactions favorables à la liberté constitutionnelle de l'Italie. Une séance du parlement fut fixée pour la délibération sur cette grave circonstance. Des carbonari violents entourèrent de groupes menaçants la salle des séances et firent entendre des cris de mort contre ceux des orateurs qui parleraient en faveur de la mesure proposée parle roi.

Les élections, quoique faites sous la pression des carbonari dans le premier moment de leur triomphe, avaient montré combien ce peuple était mûr pour le gouvernement représentatif et combien cette Italie méridionale si calomniée était, ainsi que la Toscane, plus à la hauteur des institutions libérales par l'intelligence, le caractère et le talent, que le rustique Piémont, retardé par la maison de Savoie, le plus arriéré des gouvernements italiens. Le gouvernement de la maison d'Espagne, sous le ministre Tanucci, sous la reine Caroline, sous le ministre Acton lui-même, ministre odieux par son caractère d'étranger, mais très progressiste, avait fait faire à la noblesse et à la bourgeoisie des provinces méridionales des progrès très prompts et très réels vers la liberté représentative. Le régime constitutionnel, introduit par les Anglais en Sicile pendant les dernières années de leur suprématie dans l'ile, avait passé le détroit, s'était propagé jusque chez les barons du royaume : féodalité municipale acceptée du peuple. Enfin le règne tout français de Murât, prince militaire, héroïque, chevaleresque et bon, avait façonné le royaume à l'imitation

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