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d'esprit avant tout et par-dessus tout, y était depuis quelque temps ministre de France. Louis XVIII s'en était débarrassé à Paris en le reléguant au cœur de l'Italie, avec une importance satisfaisante pour son amour-propre, un appointement convenable et un loisir qui lui laissait le libre exercice de ses goûts littéraires. Ses dettes énormes, que toutes les douceurs de l'émigration n'avaient pu éteindre, s'opposaient seules à son bonheur. iMais il était si insouciant et si léger de caractère, qu'il ne demandait pas mieux que de les oublier. Sa femme et ses fils étaient restés en France. Il avait été suivi à Florence par une amie, de famille distinguée et de relations équivoques,qui continuait à tenirsa maison d'ambassadeur et à exercer un rude empire sur sa volonté. Il l'imposait à la cour et à la ville. Ces amitiés, innocentées par l'âge et consacrées par l'habitude, n'offensent nullement les sociétés italiennes. Les ménages d'un certain âge sont presque tous doubles en Italie. La chevalerie y a revêtu les formes de la galanterie surannée.
Le marquis de La Maisonfort, à ces faiblesses près, était un des hommes les plus spirituels et les plus agréables à vivre que j'aie jamais rencontrés dans le cours de ma vie. Gentilhomme de grande maison, les goûts et les habitudes de son rang l'avaient naturellement entraîné à suivre en émigration sur les terres étrangères les princes frères de Louis XVI, et à se jeter sous leurs auspices
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dans une diplomatie d'aventures qui ressemblaient plus à des intrigues qu'à des négociations. Il avait écrit avec talent des pamphlets royalistes qui avaient popularisé son nom, à l'exemple du comte de Maistre, du comte d'Entragues et d'autres publicistes errants, prêtant des doctrines aux cours qui avaient de l'or et des soldats à opposer à la Révolution. Ses convictions, au fond, n'étaient guère que des convenances. En religion et en politique, il avait plus de sarcasmes contre les ridicules que de foi dans les axiomes de son parti. C'était un condottiere de l'autel et du trône qui s'abritait sous le drapeau de la légitimité, mais qui, l'honneur à part, aurait eu autant de penchant pour le parti contraire. On l'accusait même, et non sans quelque apparence, d'avoir trempé avec Fauche-Borel, le plus intrigant et le plus remuant des hommes, dans de prétendues négociations secrètes avec le directeur Barras pour rétablir la royauté de Louis XVI en France, négociations évidemment supposées dans le but de donner de l'importance et des subsides aux négociateurs.
M. de La Maisonfort avait trop d'intelligence pour croire à la réalité des chimères de Fauche- Borel. Pour être trompé, il fallait qu'il se prêtât plus ou moins à la duperie de son associé. Les cours proscrites ont trop besoin des improbabilités de ce genre, pour marchander leur confiance à ceux qui leur proposent un trône avec quelque