‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 59 sur 142 · LIVRE QUATRIÈME lO · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME lO

corruption et quelque vénalité du genre de celles

que Ton supposait à Barras.

Le marquis de La Maisontbrt s'était ensuite attaché à M. de Blacas, favori du roi, en Angleterre. A la rentrée du roi en France, il s'était signalé par une brochure royaliste qui avait rivalisé de talent avec celle de M. de Chateaubriand. Cette brochure avait confirmé la renommée un peu exagérée de principes immuables et de théories monarchiques qui faisait de lui un rival des de Maistre, des Bonald et des Chateaubriand. La légèreté de sa conduite, l'étourderie de ses propos, le peu de réalité de la faveur que lui témoignait Louis XVIII, le ton de supériorité dédaigneuse de M. de Blacas à son égard, avaient promptement restreint cette renommée d'homme d'Etat à ses proportions véritables, celles d'un homme d'esprit de l'époque de Charles II d'Angleterre, rapportant de l'émigration des titres de fidélité et des titres de légèreté méritant la reconnaissance du monarque, mais inspirant moins d'estime aux ministres et à la nation.

J'appréciais beaucoup la grâce voltairienne de ce caractère dépourvu de morgue et ne cherchant

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qu'à plaire et à être amusé. Il était lettré comme un homme de la cour de Louis XIV, il faisait des vers agréables dans la coupe des poésies légères de Voltaire, il écrivait remarquablement bien en prose. Nul, excepté M. de Chateaubriand, n'aurait été capable de rédiger pour la couronne de meilleures pièces diplomatiques et des pamphlets plus spirituels; mais on l'employait peu, parce que les chancelleries, qui aiment la pesanteur et qui croient que l'ennui est une condition du respect, se défiaient de sa grâce et de son naturel comme d'un défaut. 11 s'en consolait à Florence, comme d'une disgrâce des hommes médiocres du métier, qui lui laissaient du moins le loisir d'une opulente retraite. Opulence relative, hélas ! qui était loin de suffire à ses dettes et à ses besoins.

La légation de Toscane, dont Florence était la principale résidence, comprenait en outre la légation de Lucques, celle de Modène et celle de Parme.

Lucques était possédé plus que gouverné par un jeune prince de la maison de Bourbon, fils de la reine d'Etrurie, marié à la vertueuse fille de la reine de Sardaigne. La cour du duc n'était qu'un

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