‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 7 sur 142 · LIVRE PRE iM 1ER · texte numérisé non relu

LIVRE PRE iM 1ER

d'Orsay, où se délivraient les brevets d'officier de la compagnie.

Notre garnison était Beauvais. Je m'y rendis quelques jours plus tard, après avoir embrassé mon père, qui avait porté au roi et aux princes le serment et les hommages de la noblesse et de la bourgeoisie du Maçonnais. Il était fier et heureux d'avoir mis son fils à sa place.

Arrivé à Beauvais, complètement inconnu de mes camarades, je me logeai tout seul chez un boulanger qui louait sa chambre unique aux gardes du corps. Ce boulanger, sa femme et une jeune fille composaient toute la petite maison, dans le faubourg d'Amiens, tout près des portes de la ville. C'étaient de braves gens très royalistes, très religieux, très paisibles, qui me reçurent comme leur enfant.

La chambre, au-dessus de la boulangerie, était grande, très propre; on entrevoyait par la fenêtre la campagne solitaire, tout près de la porte de la ville. C'est ce qui me séduisit. Je me promettais de m'échapper souvent pour aller, loin du tumulte des cafés, du quartier et du manège, égarer mes rêveries dans les vignes, habitude de mon enfance à Milly. Je résolus aussi.

par goût d'isolement plus que par c'conomie, de m'abstenir de la table d'hôte et du restaurateur, et de manger seul dans ma chambre. Je fis marché, à très bas prix, avec la femme du boulanger, pour un très modique ordinaire, servi, entre les exercices, dans ma chambre. La jeune fille me l'apportait le matin et le soir. Un petit morceau de bœuf bouilli et une salade composaient tout mon repas; le matin, du pain et du fromage. Les soldats à présent vivent mieux. Cela me suffisait. Je mangeais en lisant près de la fenêtre, servi par la jeune fille, qui causait familièrement avec moi, mais que je respectais comme une sœur, tant ily avait de candeur et d'innocence sur sa physionomie. Mon repas fini, je prenais un livre sous le bras, un crayon dans ma poche, et je sortais pour aller m'égarer jusqu'à la nuit dans les sentiers déserts des environs de la ville. Le soir, au lieu d'aller au café des gardes du corps, je rentrais et je reprenais ma lecture à la lueur d'une chandelle, auprès de mon lit. J'étudiais alors les éléments de l'instruction de la cavalerie.

J'avais été très familièrement et très obligeamment accueiUi, à cause de mon extérieur, par tous mes camarades, à ma première apparidon aux exercices. J'étais né, pour ainsi dire, à cheval; aussi, dès la seconde fois que je fus appelé à prendre ma leçon de manège, l'écuyer, qui nous faisait monter sans selle, me fit-il prendre la tête de la colonne, afin de démontrer sur moi-même

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