‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 79 sur 142 · LIVRE QUATRIÈME 2^J · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME 2^J

la carrière pour qu'on pût songer à Paris à me donner sa succession à Florence ; mais le baron de Damas, qui ne pouvait pas refuser à Charles X la nomination du baron de VitroUes à ce poste et qui savait que le baron de VitroUes ne se hâterait pas d'accepter cet honorable exil, me nomma chargé d'affaires, avec l'idée que j'occuperais longtemps cet emploi, qui était alors très délicat, car la France n'avait dans toute l'Italie alors que deux diplomates, le duc de Laval à Rome, et moi au centre.

Le duc de Laval, dont je relevais par déférence et par attachement, établit entre lui et moi une correspondance confiante, amicale, assidue, dans laquelle il se concertait avec son subordonné plus qu'il ne s'imposait. Il y a plaisir à servir sous ces véritables grands seigneurs, qui ne craignent pas qu'on leur ravisse leur importance, parce qu'elle ne dépend pas d'un diplôme et d'un emploi, et qu'elle est ainsi au-dessus de la mesquine jalousie des parvenus de la poHtique. Nous nous entendîmes parfaitement dans toutes les questions. Il sentait comme moi, je pensais comme lui. Il était à son rang; je me tenais à ma place, plein de goût et de respect pour un si excellent homme.

Je restai très longtemps dans cette agréable et brillante situation à Florence, attendant sans impatience, on le croira aisément, l'arrivée du baron de VitroUes.

Le baron de V'itrolles, sur le compte duquel les hommes d'aujourd'hui, et parcicuhèrement M. Thiers, me paraissent être dans une erreur complète en attribuant à son caractère une justesse et une profondeur de sens politique bien au-dessus du vrai, et à ses mémoires, toujours inconnus et toujours cités, une autorité qu'ils ne doivent pas avoir, excepté comme recueil anecdotique, le baron de Vitrolles n'avait paru sur l'horizon qu'en 1S14. Jusque-là ce n'était qu'un gentilhomme du A'iidi, sans illustration et sans fortune, ayant fait sa cour aux bonapartistes et s'étant fait nommer inspecteur des troupeaux de mérinos, race de moutons privilégiés que Napoléon avait fait venir d'Espagne pour les naturaliser dans le midi de la France.

Le dégoût d'une situation ingrate, un coup d'audace à Paris quand le pouvoir de Napoléon chancela sur sa base, une mission éventuelle, plus tacite c]ue réelle, obtenue de M. de Talleyrand auprès du comte d'Artois, sa présence à Vesoul et à Nancy derrière les armées étrangères, créèrent instantanément à M. de Vitrolles une importance d'occasion qui se convertit en une espèce de

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