LIVRE CINQUIÈME
hommes d'Etat qui seront conduits à le faire pour le roi ne me paraissent pas en comprendre les conditions. Ils seront vaincus, c'est inévitable. Je suis jeune, j'aime le roi; je ne veux pas associer mon nom au malheur du roi et à la chute du trône. Obtenez du prince qu'on ne m'en parle plus; et puisqu'il me veut du bien, obtenez de lui qu'il m'emploie à l'étranger; là, je puis le servir, loin des intrigues et des illusions de cour. A Paris, je ne le pourrais pas, car ma conscience de royahste m'interdirait de tremper dans les tentatives téméraires que je prévois. »
M. de Genoude me répondit qu'il avait montré ma première lettre explicative de mon refus au prince de Polignac; que le prince lui avait répliqué que mes raisons étaient des prétextes dont il ne se payait pas; qu'il était évident que je partageais la prévention générale stupide qu'il était un ministre à coup d'État et anticonstitutionnel; que cette supposition était absurde, et qu'il eût à m'écrire une seconde fois en me donnant de sa part l'ordre formel de venir à Paris ; qu'il se chargerait de me désabuser et de me convertir.
M. de Genoude obéit, m'écrivit, me transmit les paroles et l'ordre du prince. Il ajoutait :
« Vous vous trompez sur l'énergie du prince. Le prince est le lion de la monarchie. »
J'insistai dans ma réplique sur l'impossibilité absolue où j'étais de quitter en ce moment la Bourgogne.
Le prince de Polignac, impatienté de l'insuccès de ses lettres indirectes, prit la plume et m'écrivit de sa propre main une lettre courte et forte, dans laquelle il me reprochait ma défiance de ses vraies intentions, et me donnait l'ordre exprès de partir à l'instant et de venir en arrivant à Paris m'expliquer avec lui. Je ne résistai plus, et je partis seul pour Paris. (Toutes ces lettres existent encore dans mes papiers et s'y retrouveraient pour justifier ce récit.)
La tentation était forte pour un homme qui avait mis sa conscience de royaliste au-dessus d'un avancement inespéré dans la carrière diplomatique. Elle ne m'influença pas. J'étais ferme-