‹ A.-F. CalsChapitre 1 sur 56 · A.-F. Cals · texte numérisé non relu

A.-F. Cals

Que de plaisir nous aurions à lire, simplement racontée, la vie complète de Ruysdaël, d'Hobbema ou des frères Le -Nain!

Comme nous aimerions connaître ce que ces artistes si sincères, si attentifs et si profonds, ressentaient devant la nature et pendant leur travail ! Leurs joies, bien humbles sans doute, leurs déceptions et leurs misères, les remarques qu'ils avaient été à même de faire, suivant leur tempérament, sur les spectacles qui les attiraient et sur leur façon de les interpréter par le métier, les coins où ils aimaient venir méditer : rien de tout cela ne nous serait indifférent.

Mais ces maîtres, aussi modestes que forts, passèrent inaperçus de leurs contemporains, ou du moins de ceux qui faisaient la mode ou dispensaient la gloire. Des gens les apprécièrent sans doute et les aimèrent, mais ils se sont tus. Les autres firent de belles phrases qu'on ne lit plus sur des artistes que nous avons oubliés ou que nous méprisons.

Pour nos maîtres chéris, nous en sommes réduits à interroger

leurs œuvres et à reconstituer ce qu'ils furent par ce qu'ils firent. Nous tirons de ces tableaux des indications bien générales, bien vagues et pourtant déjà bien émouvantes. Il nous faut deviner, en reparcourant les endroits que leurs pas sillonnèrent, quelles mélancoliques et intenses impressions éprouvèrent Ruysdaël dans les dunes proches de Haarlem, Hobbema dans les clairières de la Frise.

Lorsque l'un des Le Nain peignait avec tant de force, de sobriété et de pénétration, le Repas des Paysans, il est impossible qu'il n'ait pas fraternisé avec ses pauvres modèles ; il a dû être l'ami de ce maréchal-ferrant, qu'il représenta dans sa forge, avec sa bonne et rude famille. Quelque affectueux confident dut alors connaître l'histoire de ces braves gens et de ces œuvres excellentes.

Mais tout cela se perdit !

Et ce serait pourtant si délicieux qu'une seule parole, un seul fait vrai, vinssent jeter une vive lumière sur nos suppositions, animer les silhouettes abstraites que nous nous plaisons à nous figurer! Le peu de mots que Diderot nous a transmis de Chardin n'est-il pas d'une éloquence particulière ? Entendre parler seulement Van der Meer où Jan Steen ; car..., en vérité, Rembrandt, ce serait trop d'ambition!...

Sur les peintres de la mode ou de la convention académique, nous savons trop de choses; sur ceux de la vie et de l'émotion vraie, nous ne savons rien.

Pour beaucoup de gens, Cals est encore aussi inconnu que le furent de leur temps nos grands et obscurs amis. Or, nous sommes quelques-uns à considérer son œuvre comme de premier ordre, et cette preuve nous suffit qu'elle a causé de vives satisfactions à des esprits de belle trempe et de haute culture. De grands artistes l'ont connu et aimé. Ceux même qui, comme nous, ont éprouvé, tout d'abord, nous l'avouons, quelque difficulté à pénétrer dans cette œuvre, qui se livre peu du premier coup, y prennent à présent un plaisir extrême.

Un phénomène curieux et consolant se produit parfois en faveur des hommes qui ne furent pas appréciés à leur valeur de leur vivant. Le temps et les générations travaillent pour eux. Ce que toute une société méconnaissait alors, le premier passant venu, même non averti, le comprend maintenant et en jouit. Cals ne

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