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LES MOUVEMENTS DE LA TERRE

d'un mouvement de rotation sur lui-même et éviter à l'univers cet incompréhensible travail.

Nous le répétons, poser la question, c'est la résoudre, il est impossible à tout homme de bon sens de n'être pas convaincu que c'est la terre qui tourne. 5

Il y a plus de deux mille ans qu'on s'en doute,1 car les Pythagoriciens2 l'enseignaient, Cicéron3 et Plutarque4 parlent des philosophes qui, à l'exemple de Nicétas,5 de Syracuse, penchaient pour cette opinion, et Ptolémée6 la discute longuement pour lui préférer à tort le sys- 10 tème des apparences auquel son nom a été donné. Il est vrai que dans l'antiquité les témoignages n'étaient pas aussi évidents qu'aujourd'hui. C'est seulement au XVIe siècle, que Copernic,7 astronome polonais, réunit en un même faisceau les considérations mathématiques 15 qui conduisaient à simplifier le système de Ptolémée, devenant intolérable par toutes les complications qu'il avait fallu lui ajouter pour faire concorder les mouvements célestes observés avec l'hypothèse de la terre centrale et immobile. Il avait fallu surajouter jusqu'à 20 75 cercles mobiles les uns sur les autres, et encore restait-il beaucoup de mouvements célestes inexpliqués, notamment ceux des comètes.

Cela se conçoit.8 En fait, la terre tourne sur ellemême en 24 heures, et autour du soleil en un an. Il 25 en résulte des déplacements apparents de perspective dans les positions des autres planètes (de même qu'en voyageant en chemin de fer on voit se déplacer les arbres et les divers objets du paysage). Ces déplacements sont inexplicables dans l'ancien système. 30

Le mouvement de translation annuelle de la terre autour du soleil s'effectue à la distance de 149 millions de

kilomètres de cet astre. Les étoiles sont très éloignées. Cependant ce déplacement annuel de la terre produit une petite variation apparente dans la position des plus proches, correspondant exactement à la marche de notre plas nète, et c'est même ainsi que l'on a pu déterminer leurs distances. Ces variations de positions des étoiles ont été une deuxième confirmation du double mouvement de la terre. Il y a eu bien d'autres confirmations de ces mouvements de la terre. Ainsi i1 30 notre globe est aplati à

10 ses pôles et renflé à l'équateur, juste comme il doit arriver2 par sa rotation diurne. — 40 Si l'on fait tomber une pierre le long d'un grand puits, elle ne descend pas juste verticalement, mais un peu vers l'est. — 50 Les objets pèsent un peu moins à l'équateur qu'aux pôles,

15 à cause de la force centrifuge, qui diminue la pesanteur. — 6° Pour la même raison, la longueur d'un pendule à secondes est plus courte à l'équateur qu'à Paris. — 70 Un pendule mis en oscillations en un lieu quelconque du globe garde toujours le même plan, et la terre en tour-

20 nant produit un déplacement apparent, qui met en évidence son mouvement diurne. — 8° La lumière qui nous arrive des étoiles confirme, par une légère déviation, le mouvement annuel de notre planète autour du soleil, etc., etc. Les preuves directes du double mouvement de la

25 terre, diurne et annuel, sont aujourd'hui très nombreuses, et elles n'étaient pas nécessaires après les raisonnements que nous avons faits tout à l'heure.

De plus, les bases de l'astronomie sont si absolument sûres, les lois de la mécanique céleste sont si exactement

30 connues, que nous pouvons prédire d'avance tout ce qui doit arriver dans le ciel conformément à ces lois. Toutes les découvertes astronomiques sont venues depuis trois

siècles et demi confirmer et prouver de toutes les façons, et sans que l'ombre d'un doute puisse subsister, la théorie des mouvements de notre planète, à ce point même que l'on a pu annoncer d'avance par le calcul l'existence d'astres que l'on n'avait jamais vus, tant les lois astrono- s miques sont aujourd'hui exactement connues et surabondamment établies.

Les deux mouvements de la terre que nous venons d'exposer sont les deux principaux : la rotation diurne et la révolution annuelle. Notre planète est mue par 10 beaucoup d'autres, moins importants, dont la description sortirait du cadre1 de ces éléments. On connaît déjà à la terre plus de dix mouvements distincts. Notre globe, comme les autres, est un jouet léger pour les forces cosmiques éternelles. 15

Cette colossale fournaise brûle d'un feu qui nous paraît éternel, parce que notre vie est courte, et que2 la durée du soleil se compte par millions d'années. Mais elle s'est allumée,3 cette fournaise, et elle s'éteindra. A quoi est-elle due? Comment s'entretient-elle? Si le 20 soleil était composé de charbon de terre massif brûlant dans l'oxygène pur, il ne. pourrait brûler4 pendant plus de six mille ans sans être entièrement consumé : il serait donc5 éteint depuis l'origine des temps historiques. Trois causes principales paraissent en jeu pour entrete- 25 nir cette chaleur : la contraction du globe solaire, la chute des météores à sa surface, et la production de calorique causée par des combinaisons chimiques. La pre-

mière cause doit être1 la plus importante. On connaît l'équivalent mécanique de la chaleur. Tout corps qui tombe et qui est arrêté dans sa chute produit une certaine quantité de chaleur, et la quantité de chaleur 5 produite est la même, que le corps soit2 arrêté brusquement, ou successivement ralenti par des résistances. Si, comme il est probable, le globe solaire est le résultat de la condensation d'une immense nébuleuse qui s'étendait primitivement au delà de l'orbite de Neptune,3 la chute

io des molécules à la concentration actuelle a fourni environ 18,000,000 de fois autant de chaleur que le soleil en donne par an. Il en résulterait que le soleil aurait environ 18 millions d'années de rayonnement actuel; mais pendant toute la durée de sa condensation, il était

15 incomparablement plus vaste et rayonnait autrement. D'autre part, étant donné4 que ce soit la seule source de la chaleur solaire, cet astre continuant de se condenser, serait réduit à la moitié de son diamètre actuel dans cinq millions d'années au plus tard, et comme, à cette di-

20 mension, il aurait huit fois sa densité actuelle,- il deviendrait liquide, et sa température commencerait à décroître, de telle sorte que dans dix millions d'années environ sa chaleur ne serait plus suffisante pour entretenir un état de vie analogue à celui qui existe actuelle-

25 ment. La vie totale du soleil comme astre lumineux ne surpasserait pas, dans cette hypothèse, trente millions d'années.

A cette chaleur due à la condensation s'ajoutent les effets produits par la chute perpétuelle d'un grand nom-

30 bre de matériaux cosmiques à la surface de l'astre du jour.

La chaleur émise par le soleil à chaque seconde est

égale à celle qui résulterait de la combustion de onze quatrillions six cent mille milliards de tonnes de charbon de terre brûlant ensemble !

Cette chaleur rayonne tout autour de l'astre éblouissant, dans toutes les directons. La terre, globe minus- 5 cule errant à 149 millions de kilomètres de distance, ne reçoit qu'une fraction extrêmement faible de cette quantité. Si l'on imagine autour du soleil, à la distance de la terre, une sphère creuse au centre de laquelle brillerait l'astre radieux, la surface de cette sphère est deux 10 milliards de fois plus vaste que la section interceptée par notre globe. Notre planète n'arrête donc au passage, et n'utilise pour ses habitants, que la demi-milliardième partie du rayonnement total du soleil !

Pour concevoir l'état de la surface solaire, nous pour- 15 rions la comparer à celle d'un bol de punch en flammes, mais à la condition de concevoir en même temps que cette surface est plus brûlante que la fonte en fusion et plus éblouissante que la lumière électrique, et que ces flammes mesurent cent, deux cent et trois cent mille kilomètres 20 de hauteur !

Cette surface n'est pas unie, homogène ; elle n'est pas partout du même éclat. Imaginons l'océan Atlantique en feu, et concevons que cet océan recouvre un globe 1,280,000 fois plus volumineux que la terre. Cette sur- 25 face liquide, mobile, agitée par les vagues d'un éternel mouvement, est une surface de feu liquide. Ses vagues, ou pour mieux dire,1 les crêtes de ces vagues, sont éblouissantes de blancheur, et le fond est un peu moins éclatant. Vue au télescope, la surface du soleil se com- 30 pose de grains lumineux juxtaposés ressortant sur un fond moins clair. C'est comme un réseau. Les grains

de cette granulation sont des vagues de feu blanc mesurant deux et trois cents kilomètres de longueur, parfois mille, deux mille kilomètres et davantage.

Il se forme assez souvent dans ce réseau des taches, 5 ouvertures sombres plus ou moins vastes, mesurant depuis quelques milliers de kilomètres de diamètre jusqu'à cent mille et même parfois davantage.

En général, les taches du soleil sont visibles dans les petites lunettes, et tout le monde peut les voir. Le point

io le plus important est de munir l'oculaire d'un verre noir ou bleu foncé. On peut aussi les voir en recevant l'image de l'astre sur une feuille de papier tenue à quelque distance de l'oculaire.

Lorsqu'il y a de belles taches sur le soleil, il suffit

is de l'observer pendant quelques jours pour constater que ces taches changent de place. Elles sont emportées par la rotation de l'astre, qui fait un tour sur lui-même en 26 jours environ. Cette rotation de la surface visible n'est pas la même pour tout le globe solaire : elle est plus

20 rapide à l'équateur et diminue avec la latitude, ce qui prouve aussi que cette surface du globe solaire n'est pas solide. La rotation est de 25 jours 4 heures à l'équateur, de 25 jours 12 heures au 15e degré de latitude, de 26 jours au 25e degré, de 27 jours au 38e, de 28 au 48e.

25 On n'a pu suivre de taches plus loin, car elles se forment en général le long de deux bandes plus ou moins larges, de part et d'autre1 de l'équateur, mais la théorie indique que la diminution de la rotation se continue jusqu'aux pôles, et les procédés de l'analyse spectrale2

30 l'ont récemment constaté.

Par suite de cette rotation, on voit les taches arriver par le bord oriental du soleil, s'avancer graduellement

jusqu'au méridien central, qu'elles atteignent au bout de sept jours, et continuer leur cours pour aller disparaître au bord occidental après sept autres jours. Quatorze jours après cette disparition, on voit la tache revenir au bord oriental, à moins qu'elle ne se soit détruite1 dans 5 l'intervalle, ce qui arrive le plus souvent. En général, les taches solaires ne durent que quelques semaines. On en a vu2 pourtant durer pendant quatre et cinq rotations solaires.

La rotation apparente du soleil est de 27 jours et demi, 10 parce que pendant la durée de la rotation réelle, la terre a tourné autour de lui d'un quatorzième d'année environ, dans le même sens que la rotation solaire, de telle sorte qu'un observateur placé sur la terre voit une tache pendant plus longtemps que si notre planète était en repos. 15 C'est une différence analogue à celle que nous remarquons entre la durée du jour et celle de la rotation de la terre. Nous ferons une remarque du même genre à propos de la révolution de la lune et de la durée du mois lunaire. 20

Nous parlions tout à l'heure des flammes du soleil, et nous comparions la surface de l'astre radieux à un océan de punch brûlant. En effet, au-dessus de l'océan mobile dont nous venons de parler et qui a reçu le nom de photosphère ou sphère de lumière (c'est le soleil tel qu'on le 25 voit à l'oeil nu), au-dessus de cette surface éblouissante s'étend une mince nappe de gaz rose, nappe de feu de dix à quinze mille kilomètres d'épaisseur seulement. Cette atmosphère de gaz rose brûlant a reçu le nom de chromosphère ou sphère colorée. Cette chromosphère est compo- 30 sée de gaz élevé à un degré de température inimaginable. L'hydrogène y brûle constamment, au milieu de vapeurs

de fer, de magnésium, de sodium et d'un grand nombre d'autres métaux. L'activité comburante y est si effroyable que les éléments y sont, non pas associés, mais dissociés. L'hydrogène et l'oxygène, par exemple, ne peuvent pas 5 s'y combiner comme en notre monde pour former de l'eau, même à l'état de vapeur, leurs molécules se repoussent, et il en est de même de tous les éléments, l'ardeur de la fournaise séparant, isolant pour ainsi dire, les atomes les uns des autres.1

io C'est de cette nappe de feu rose -transparent que s'élèvent les flammes du soleil, éruptions et explosions formidables devant lesquelles nos volcans sont d'humbles et froides taupinières. Un creuset de fonte en fusion versé sur le soleil serait une douche de neige et de glace.

15 On a vu des éruptions solaires s'élancer en quelques minutes à cent mille kilomètres de hauteur et retomber ensuite en pluie de feu sur l'océan incandescent dont le feu ne s'éteint jamais.

Les taches solaires s'observent directement à l'aide des

20 lunettes astronomiques. Les flammes, appelées aussi protubérances, sont si transparentes, quoique légèrement rosées, que la splendeur du soleil les éclipse perpétuellement. Pour les découvrir on se sert du spectroscope, instrument formé d'un prisme et d'une petite lunette.

25 On dirige cette lunette prismatique juste au bord du soleil, sans toucher ce bord lui-même, qui effacerait tout par son éclat, et on aperçoit ces flammes légères qui partent dans tous les sens, affectent les formes les plus bizarres, et flottent même parfois dans l'atmosphère

30 solaire comme de légers nuages de lumière.

Ces manifestations de l'activité solaire sont variables et soumises à une curieuse loi de périodicité. En cer-

taines années, l'astre se montre couvert cle taches énormes, agité cle violentes tempêtes, hérissé cle flammes gigantesques. En d'autres années, au contraire, on le voit calme, tranquille, comme s'il se reposait et reprenait de nouvelles forces pour les agitations futures. Le plus s curieux encore est que ces variations sont soumises à une certaine régularité, à un certain ordre. Un maximum de taches et d'éruptions arrive tous les onze ans environ, un minimum un peu après le milieu de l'intervalle. Cette périodicité est bien remarquable. Ce qui ne l'est pas 10 moins, c'est que le magnétisme terrestre, les mouvements de l'aiguille aimantée et les aurores boréales, manifestent une périodicité analogue, correspondant exactement à celle des fluctuations de l'activité solaire.

Le soleil régit les destinées de la terre. Notre vie, 15 celle de tous les animaux, celle de toutes les plantes, est suspendue à ses rayons. Le jour où il s'éteindra, notre planète refroidie sera devenue1 un morne cimetière, roulant ses restes glacés dans les profondeurs d'une éternelle nuit. 20

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