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XXIII. L'ŒIL ET LA VISION

io L'œil constitue, chez l'homme et les animaux supérieurs, un appareil d'une extrême complication en même temps que d'une merveilleuse simplicité. Réduit à ses éléments essentiels, il peut être comparé à une chambre noire en miniature dont l'écran serait capable de sentir;

is mais quand on examine de près toutes les pièces qui le composent, on reste confondu devant la perfection de chacune d'elles. . La nature semble avoir épuisé toutes ses ressources dans la construction de ces organes délicats, aussi bien que dans le mécanisme qui les met en jeu.2

20 II s'en faut3 cependant que tous les êtres animés aient à leur disposition un instrument aussi parfait ; chez un grand nombre, l'œil a une structure beaucoup plus simple, quoique tout aussi admirable. Sa complication diminue à mesure que l'animal lui-même s'abaisse dans la

25 série zoologique; l'organe finit même par disparaître entièrement chez les êtres rudimentaires qui occupent les premiers degrés de l'échelle.

Cependant l'absence des yeux n'entraîne pas néces-

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sairement la privation des sensations lumineuses ; beaucoup d'animaux, aveugles en apparence, ne le sont pas dans l'acception rigoureuse du mot ; mais chez eux la vision, si elle mérite encore ce nom, est tellement obtuse qu'elle leur permet tout au plus de distinguer le jour de 5 la nuit.

La physiologie nous enseigne que toutes nos sensations sont sous la dépendance absolue d'organes particuliers, connus sous le nom de nerfs ; leur ensemble constitue le système nerveux sensitif. Chez les animaux supé- 10 rieurs, ces nerfs se distribuent dans des appareils spéciaux affectés chacun à un ordre particulier de sensations ; ce sont les organes des sens.

Le nerf qui préside à la vision a reçu le nom de nerf optique; il s'épanouit au fond de l'œil où il forme une. 15 membrane d'une extrême délicatesse appelée rétine par les anatomistes.

Au point de vue de leur structure, tous les nerfs se ressemblent. Ils sont tous construits sur le même modèle ; rien dans leur apparence ne saurait faire pré- 20 juger leur mode d'action. Mais chacun aboutit à une région particulière du cerveau et de cette origine dépend leur activité propre. Leur caractère le plus remarquable réside en effet dans la manière spéciale de sentir, dévolue à chacun d'eux. La peau est incapable de voir ou 25 d'entendre, l'oreille est insensible aux odeurs ou aux saveurs. De même le nerf optique est seulement apte à recevoir les impressions lumineuses : tous les ébranlements qu'il éprouve, il les transforme aussitôt en sensations de lumière. Un choc, une piqûre, 30 une brûlure de la rétine, ne provoquent ni douleur, ni sentiment de chaleur, elles se traduisent in-

variablement par l'apparition de phénomènes lumineux.

Ce fait, pour si étrange qu'il1 paraisse au premier abord,2 peut être établi par une expérience très simple s dont on trouve les premières indications dans les écrits de Newton.3 « Si dans l'obscurité, dit-il, on presse le coin . de l'œil avec le doigt, et qu'en même temps on tourne l'œil du côté opposé,4 on voit un cercle de couleurs fort semblables à celles de la queue d'un paon. Si on

10 tient l'œil et le doigt en repos, ces couleurs disparaissent

en une seconde de temps, mais si l'on remue le doigt avec

un mouvement tremblotant, elles reparaissent encore.»

L'interprétation de ce phénomène, désigné sous le nom

de phosphène5 par la science moderne, est facile à saisir.

15 La compression du doigt se transmet jusqu'à la rétine par l'intermédiaire des milieux de l'œil, et cette membrane, soumise à une sorte de contusion momentanée, traduit sous la forme de sensation lumineuse l'ébranlement qu'elle reçoit.

zo Du reste, la dimension et l'apparence du phosphène sont liées à la forme et au volume du corps qui produit la compression. La pointe d'un crayon donne lieu à une lueur très circonscrite, tandis que le doigt fait naître une image diffuse et plus étendue. Quant à la colora-

25 tion, comparée par Newton à celle des plumes de paon, elle n'est pas un résultat nécessaire de l'expérience ; la lueur observée est au contraire le plus souvent grise ou bleuâtre.

Cette expérience est, pour ainsi dire, la traduction

30 scientifique d'un accident dont chacun a certainement été victime, et que le langage décrit sous une forme pittoresque : qui n'a éprouvé6 un de ces coups violents

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