LŒIL ET LA VISION I
sur les yeux ou dans leurs voisinages qui font voir les étoiles en plein midi? Voilà, sans doute, une démonstration brutale d'un phénomène physiologique, mais elle est l'expression fidèle d'une vérité affirmée par la science. 5
Envisagée comme sensation, la lumière est donc l'état d'excitation du nerf optique; l'obscurité, au contraire, est la sensation de son repos. Cet état particulier d'excitation peut être accidentellement produit par des actions mécaniques d'un ordre quelconque, mais, dans les con- 10 ditions normales, les objets lumineux ont seuls le privilège de lui donner naissance.
Il est facile maintenant de se rendre compte de la manière dont fonctionne l'organe de la vision chez les divers animaux, et de saisir la signification de cette 15 fonction dans la série zoologique. Chez les êtres les plus simples, le nerf optique envoie des ramifications à la surface du corps, et chacune d'elles forme pour ainsi dire une rétine infiniment petite, capable de recueillir les impressions lumineuses. 20
Ces organes, recevant la lumière extérieure dans toutes les directions, ne peuvent donner à l'animal aucune notion des objets environnants; leur rôle, se borne à établir pour lui une différence entre la clarté et les ténèbres. Cette diffusion de l'appareil de la vision a fait dire à 25 quelques physiologistes1 que les animaux inférieurs voyaient par la peau ; c'est là, on le comprend, une interprétation erronée: il serait tout aussi exact de dire que l'homme et les mammifères voient avec la tête.
A mesure que l'organisation générale des animaux se 30 perfectionne, la fonction visuelle se localise et l'on voit en même temps se compliquer l'appareil destiné à son
accomplissement. Sans décrire ici les modifications successives de l'œil dans la série zoologique, nous dirons seulement un mot de la remarquable disposition qu'il présente chez les insectes.
S Toutes les collections d'objets microscopiques renferment une préparation d'une grande beauté, désignée sous le nom de cornée de mouche. Observée avec une simple loupe, elle apparaît comme une membrane, délicate et transparente, sur laquelle des traits d'une extrême finesse
10 dessinent un nombre infini d'hexagones parfaitement réguliers. Cette membrane n'est autre chose que l'enveloppe extérieure et brillante qui protège les yeux ordinairement si volumineux de la plupart des insectes ; quant aux facettes hexagonales, leur nombre peut attein-
15 dre un chiffre prodigieux: on en compte près de neuf mille dans l'œil du hanneton et vingt-cinq mille au moins dans celui de certains insectes.
Si dans un œil complet, on regarde au-dessous de la membrane, on y trouve des cloisons formant par leur
20 réunion une multitude de petites pyramides creuses dont les bases aboutissent à chacune des facettes, tandis que leur sommet va s'implanter sur une sorte de mamelon convexe formé par les extrémités des divisions du nerf optique ; ce mamelon est une véritable rétine ; l'ensemble
25 de ces tubes prismatiques juxtaposés constitue ce qu'on appelle un œil composé.
Le mode de fonctionnement d'un semblable organe doit être fort compliqué ; on peut cependant se faire une idée assez exacte de ce que doit être la vision chez
30 les animaux pourvus d'un pareil instrument.
Les rayons émanés d'un point lumineux, après avoir rencontré la surface de l'œil, ne pénètrent pas tous