XXVII. L'AUTOMOBILE
1. La Voiture Darracq. — Parmi les nouveautés que l'Exposition de 18992 offrit aux amateurs de l'automo- 10 bilisme, il faut signaler la voiture Darracq, système Léon Bollée.
Cette voiture, dont les plans ont été étudiés avec un soin méticuleux, offre tout le confortable des grandes voitures automobiles, comme place disponible, comme sus- 15 pension sur les ressorts, et comme aménagement. Cependant elle est beaucoup moins lourde, ce qui aide à la marche, et moins compliquée, avantage considérable au point de vue du réglage et de l'entretien. Le moteur est puissant bien qu'il n'ait qu'un seul cylindre sans circula- 20 tion d'eau et qu'il soit muni d'un allumage par brûleur.3 Ce type a été ainsi construit afin de confier au public un modèle de moteur réduit à sa plus simple expression, quoique parfait et renfermant en soi la plus grande sûreté de fonctionnement. Le moteur est muni d'un régulateur 25 spécial qui détermine une marche absolument régulière, même lorsque, la voiture arrêtée, le moteur tourne à vide.
La circulation d'eau, avons-nous dit, a été supprimée
dans cette voiture, par suite de la disposition du moteur à l'avant de la voiture. Cette disposition lui assure un refroidissement parfaitement suffisant, et d'autre part le place complètement à l'abri de la poussière, qui est dés sastreuse pour les moteurs des voitures automobiles. La suppression de la circulation d'eau évite en outre les si nombreux ennuis qui accompagnent toujours ce mode de refroidissement, car il faut non seulement remplacer l'eau qui a été dépensée en cours de route,1 mais il faut
io aussi toujours surveiller et entretenir et changer même quelquefois les organes qui assurent cette circulation. Ces ennuis sont très graves pendant l'hiver, où la glace se forme rapidement dans les tuyaux, lorsque le moteur est arrêté pendant un temps plus ou moins long.
is Dans cette nouvelle voiture Darracq, les constructeurs sont arrivés tant par la disposition très pratique et très ingénieuse du moteur et des ailettes de celui-ci, que par un meilleur emploi de la chaleur produite par le pétrole, à ne pas laisser le cylindre se surchauffer,
20 et l'on peut même certifier qu'il n'atteint jamais une température supérieure à celle des moteurs à circulation d'eau.
La transmission de la force et du mouvement a été, comme le moteur, réduite à sa plus simple expression.
as De même les changements de vitesse au nombre de cinq se font au moyen d'une seule courroie dont la disposition, d'une grande simplicité, lui permet de se déplacer selon la volonté du conducteur sur les différents étages des deux cônes de transmission. La fonction, grâce au sys-
30 tème breveté employé par le constructeur, est d'une sûreté absolue, elle se fait sans aucun bruit, ce qui est un très grand avantage, vu2 les bruits désagréables des change-
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ments de vitesse dans les voitures à engrenages, bruits contre lesquels tout le monde proteste.
Les cinq changements de vitesse permettent au conducteur de profiter de tous les avantages de la route qu'il parcourt, en même temps du meilleur rendement de son s moteur, et par suite de faire ainsi de très bonnes moyennes de vitesse à l'heure. La courroie est montée dans de telles conditions, qu'elle peut s'allonger de huit centimètres sans nuire à la marche avant qu'on soit obligé de la couper. Grâce à une petite manette qui se trouve 10 placée à portée de la main, le conducteur peut à son gré la retendre pendant la marche sans arrêter la voiture. Enfin si l'on ajoute que la courroie est animée d'une1 très grande vitesse et que par conséquent elle travaille dans de très bonnes conditions, on peut voir que la tota- 15 lité des inconvénients de l'usage de la courroie se trouvent supprimés, pour ne garder que tous ses avantages : tels que la plus grande souplesse dans les démarrages et l'économie dans le remplacement d'organes très coûteux et très délicats à remplacer, tels que les chaînes et engre- 20 nages de changement de vitesse.
La voiture Darracq a une grande stabilité, car elle est montée sur un châssis entièrement en tubes d'acier; elle est très douce, car elle est munie de roulements à billes.2
Tous les perfectionnements y ont été apportés : elle pos- 25 sède une marche arrière, un frein au pied3 sur le différentiel,4 serrant aussi bien dans la marche en avant que dans celle en arrière, un second frein à main5 agissant directement sur les roues et une béquille, pour empêcher le recul. En un mot, elle offre toute sécurité à son chauf- 30 feur qui a la possibilité d'arrêter immédiatement, pour ainsi dire, en face d'un obstacle imprévu.
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La mise en marche1 est très rapide, et il n'y a qu'un
seul graisseur à huile et trois graisseurs à graisse, tous
très visibles, contrairement à ce qui se passe dans presque
toutes les voitures avec de nombreux graisseurs difficiles
S à soigner.
La dépense en pétrole est très modique et ne dépasse pas celle d'une voiturette, grâce à l'excellent rendement du moteur.
Tous les organes sont accessibles sans être obligé de io passer sous la voiture ou de démonter le coffre.
La caisse de la voiture est indépendante du châssis automobile qui forme un tout complet par lui-même ; il est même possible de posséder un seul châssis et plusieurs caisses, par exemple, caisse d'été et caisse d'hiver ; le 15 changement peut se faire en moins d'une demi-heure.
Enfin tout a été étudié, sous le contrôle habile de M. Darracq, ce travailleur infatigable, pour faire de cette voiture une machine simple, robuste, d'entretien facile, rapide sans toutefois avoir la prétention d'être une voi- 20 ture de course,2 pouvant en effet faire de 28 à 30 kilomètres à l'heure, donnant en un mot satisfaction à tous ceux qui en feront l'achat.
2. Le Motocycle. — Le plus répandu des véhicules automobiles, le moins discuté est sans conteste le motocycle 25 dont la création est due à MM. de Dion et Bouton, et ce n'est certes pas un faible honneur que3 d'avoir mis au jour cet instrument qui a fait aujourd'hui le tour du monde.
Le motocycle est l'automobile démocratique parce que
30 c'est le seul d'un prix abordable pour les bourses
moyennes,4 les plus nombreuses comme on se plaît à le
répéter avec raison. C'est le pionnier de l'automobilisme ;
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c'est par lui que l'automobilisme pénètre clans une région et, comme ses essais sont couronnés de succès, c'est la voie ouverte pour tous les véhicules mécaniques qui passeront par la brèche qu'il a ouverte. Dans combien de pays d'Europe ne peut-on encore trouver que le tricycle 5 de Dion-Bouton?
Son succès commercial est pour notre industrie un triomphe qui la venge des échecs que l'industrie étrangère est parfois parvenue à lui infliger; on ne peut pas lutter contre la France sur cet article qui est bien notre 10 création et 50 %x peut-être des motocycles construits en France sont destinés à l'exportation.
Le moteur de Dion-Bouton n'a partout rencontré que des succès : vitesse, endurance, durée. Mais c'est encore sur le terrain commercial qu'il a remporté sa plus écla- 15 tante et plus décisive victoire, puisque plus de 10,000 moteurs ont été vendus en l'espace de deux années.
Une des principales raisons de ce succès a été la facilité avec laquelle le motocycle se prête à une foule de transformations, tantôt cheval de selle2 ou cheval de 20 trait,3 tantôt partie principale d'une élégante automobile à deux places.
Pour les affaires, les longs déplacements, le tricycle est plus docile que le cheval, moins fatigant que la bicyclette, plus rapide que ses deux rivaux. Mais quel 2$ homme d'affaires4 n'est pas touriste à ses heures,5 et cependant on ne peut excursionner seul. Le tricycle prendra donc docilement en remorque un sulky à une ou deux places et emmènera toute une petite famille sans paraître s'en apercevoir.6 30
Le véhicule idéal pour deux personnes, le minimum de l'automobile, quant au prix, c'est le quadricycle, dé-
rivé aussi du tricycle par l'adjonction à l'avant d'un siège suspendu. Quand nous aurons dit que ce nouvel avatar1 est de tous celui qui réunit la faveur des dames, nous ne pourrons plus rien ajouter à son éloge. 5 Et ces véhicules dont toutes les usines vélocipédiques2 de France s'ingénient à varier les détails sont tous actionnés par cet étonnant petit moteur de Dion-Bouton, si petit qu'il disparaît presque devant l'ensemble du véhicule qu'il actionne ; il pèse 25 kilog.3 et donne le mouvement à un
10 poids total qui atteint souvent 250 kilog. et même 300 kilog.
Ajoutons enfin quelques renseignements techniques sur le modèle si populaire de tricycle de Dion-Bouton. Le cadre du tricycle à pétrole est celui d'un tricycle
15 ordinaire dont les tubes sont renforcés, notamment à la fourche.
Les pneumatiques, fabriqués pour la maison de Dion- Bouton sont d'une résistance exceptionnelle.
Pour obtenir une stabilité que la vitesse rend parti-
20 culièrement nécessaire, on a adopté des roues de 65 centimètres seulement, afin d'abaisser le centre de gravité, et on a donné à la voie des roues motrices4 90 centimètres. La machine pèse au total 90 kilog. L'aspect est rehaussé d'un vernis émail et d'un nickelage de
25 luxe.5
Le moteur comprend : un réservoir d'essence6 placé sous la selle, faisant fonction de carburateur.7 Ce réservoir peut contenir 3 litres d'essence avec lesquels on peut parcourir 70 kilomètres.
30 Le mélange de vapeur d'essence et d'air introduit dans le cylindre du moteur est enflammé par l'étincelle électrique que donnent des piles sèches,8 par l'intermédiaire
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d'une bobine d'induction.1 Ces piles ont une durée de 200 heures de marche.
L'explosion projette le piston; une bielle transforme ce mouvement en rotation continue. La bielle et les volants sont enfermés dans un carter en aluminium2 contenant de l'huile, que le mouvement émulsionne, assurant ainsi un graissage parfait de ces organes.