Charles T. sur l'Èchafaud
Le roi arriva sur l'échafaud, la tête haute, promenant de tous côtés ses regards et cherchant le peuple pour lui parler : mais les troupes couvraient seules la place ; nul ne pouvait approcher : il se tourna vers Juxon et Tomlinson : " Je ne puis guère être entendu que de vous," leur dit-il ; " ce sera donc à vous que j'adresserai quelques paroles ;" et il leur adressa, en effet, un petit discours qu'il avait préparé, grave et calme jusqu'à la froideur, uniquement appliqué à soutenir qu'il avait eu raison, que le mépris des droits du souverain était la vraie cause des malheurs du peuple, (pie le peuple ne devait avoir aucune part dans le gouvernement, qu'à cette seule condition le royaume retrouverait la paix et ses libertés. Pendant qu'il parlait, quelqu'un toucha à la hache ; il se tourna précipitamment, disant : " Ne gâtez pas la hache, elle me ferait plus de mal." Et son discours terminé, quelqu'un s'en approcha encore : " Prenez garde à la hache ! prenez garde à la hache !" répétait-il d'un ton d'effroi. Le plus profond silence régnait : il mit sur sa tête un bonnet de soie, et s'adressant à l'exécuteur: "Mes cheveux vous gênent-ils ?" "Je prie votre Majesté de les ranger sous son bonnet," repondit l'homme en s'inclinant. Le roi les rangea avec l'aide de l'évêque. "J'ai pour moi," lui dit-il en prenant ce soin, " une bonne cause et un Dieu clément." Juxon: "Oui, sire, il n'y a plus qu'un pas à franchir ; il est plein de trouble et d'angoisse, mais de peu de durée ; et songez qu'il vous fait faire un grand trajet ; il vous transporte de la terre au ciel." — Guizot.