Buffm
Ses contemporains ont dit comment il travaillait, retiré dans ses châteaux de Montbard ou de Buffon; ils ont décrit
cette tour solitaire de Saint-Louis, environnée de jardins, oii il s'enfermait dès le point du jour, ce cabinet sans livres, et sans autre ornement qu'une gravure de Newton, cette table verte où il écrivait: c'est là que Buffon méditait profondément, et composait avec une lente inspiration ses belles périodes, écrivant, effarant, récitant à haute voix, et ne pouvant se satisfaire lui-même que par le plus haut degré d'éloquence et d'harmonie. Après trente ans de ce labeur, il disait encore dans sa vieillesse, "J'apprends tous les jours à écrire;" et il ajoutait avec un naif orgueil : "Il y a dans mes derniers ouvrages infiniment plus de perfection que dans les premiers." Et ce témoignage est vrai, au moins pour les Epoques de la nature, qu'il écrivait à soixaute-dix ans, et qu'il avait dix-huit fois recopiés.
Longtemps auparavant il avait, vous le savez, donné dans une occasion solennelle, la théorie de ce grand art qu'il cultivait avec un soin si religieux. Reçu à l'Académie française après la publication de ses premiers volumes, il ne laissa pas languir sa parole dans un remercîment ou dans le panégyrique exagéré d'un obscur prédécesseur ; et il saisit tout d'abord son auditoire du sujet même que sa présence rappelait, l'éloquence, la perfection du style.
En général, un grand écrivain, dans les questions de goût, a pour type involontaire son propre talent. Les grande écrivains n'en sont pas moins les meilleurs critiques à étudier. Chacun d'eux ne donne qu'un point de vue de l'art ; mais ces points de vue sont supérieurs, et, en les comparant, vous avez l'art tout entier. — VlLLEMAIN,