Lucrèce Borgia et son Mu ri
Je m'aperçois que je n'ai pas encore dit un mot du mari de Lucrèce. C'était un assez médiocre personnage que ce tyranneau de Pérouse. Depuis l'heure incertaine < ù, faute de mieux, on l'avait pris, le temps avait marché, et la fortune des Borgia de même. Les Sforza étaient en baisse; leur alliance ne suffisait plus à l'ambition de la famille ; père, frère et fille ne demandaient qu'à se débarrasser de cet intrus. On l'avertit de renoncer à la dame et de solliciter d'Alexandre VI. la cassation du mariage ; il eut l'air de ne pas comprendre ; peu s'en fallut que cette maladresse ne lui coûtât la vie. Un soir, César vint informer Lucrèce que l'ordre était donné de mettre à mort le co.ro sposo. La chance voulut que Jean Sforza fût en ce moment à la maison, et, son frère à peine sorti, Lucrèce courut à la pièce voisine, décida le jeune homme à fuir sans perdre une minute. Un cheval tout sellé l'attendait, et le lendemain Jean Sforza rentrait dans sa principauté de Pérouse, sauvé par la vitesse du noble animal, qui tombait expirant sur les marches du palais. Cette escapade, où Lucrèce fit du moins preuve de quelque intérêt pour son triste mari, mécontenta les Borgia ; ils eussent préféré tout autre genre de disparition : vous tuez un homme, il se tait, tandis que, du fond de l'exil, on parle, on proteste ; ce qui arriva. Alexandre VI. nomme une commission sous la présidence de deux cardinaux, et la séparation des époux est prononcée. — Henri Blaze de