Démosthène. — Efforts et Succès
Cet homme célèbre n'annonça pas d'abord ce qu'il devait être un jour. Fils d'un maître de forges, et devenu de bonne heure orphelin, il tomba entre les mains de tuteurs avares qui ne relevèrent pas avec soin, de sorte qu'il se forma presque de lui-même. Il tourna toutes ses vues vers l'éloquence comme un moyen d'exercer une sorte d'empire dans sa patrie. Il réussit d'abord contre ses tuteurs ; mais la première fois qu'il hasarda de parler devant le peuple, il fut sifflé de tout l'auditoire. Un second essai ne fut pas plus heureux. Ce n'est point qu'il manquât dès lors de talent ; mais il avait la voix faible, la respiration courte, la langue embarrassée. Pour corriger ces défauts naturels, il se mettait dans la bouche de petits cailloux, et déclamait ainsi plusieurs vers de suite à haute voix, en marchant, en grimpant même par des endroits escarpés. Il fit plus ; il allait sur le bord de la mer quand le vent l'agitait avec le plus de violence, et il y prononçait des harangues pour s'accoutumer par le bruit confus des flots aux cris tumultueux des assemblées populaires. Ses efforts furent bien payés, puisque dans la suite, il porta l'art de la parole aussi loin que l'homme le puisse porter. Pour échapper aux distractions, il se retirait dans un cabinet souterrain, tête mi-rasée, de manière à ne pouvoir sortir pendant des mois entiers. C'est là qu'à la lueur d'une petite lampe il composa ces harangues admirables que les envieux accusaient de sentir l'huile, c'est à dire le travail. " On voit bien aux vôtres," répliquait-il, "qu'elles ne vous ont pas coûté tant de peines." Philippe en savait bien faire aussi la différence. — Emile Lefranc.
28 FRENCH TROSE READER,