Ànnibal
Ce grand homme, déjà vieux, racontait au roi Antiochus qu'étant encore petit enfant et sur les genoux de son père Amilcar, il le caressait et le flattait pour obtenir d'être mené en Espagne et de voir la guerre. Amilcar le lui avait promis, à la condition que, mettant la main sur un autel, il jurerait une haine implacable aux Romains. Après la mort d'Asdrubal, dès que les soldats l'eurent proclamé général, et que son élection eut été ratifiée par le sénat, il songea à exécuter son serment. Mais avant de s'engager dans une expédition si lointaine, il était nécessaire de s'assurer des barbares d'Espagne et d'affermir la domination carthaginoise dans cette contrée. Trois peuplades redoutables furent forcées par lui dans leurs meilleures places et vaincues sur les bords du Tage, au nombre de 100,000 hommes. C'est alors seulement cpi'il osa attaquer Sagonte, ville alliée des Iiomains, commençant ainsi la seconde guerre punique malgré le vœu du sénat.
Pendant le siège des ambassadeurs romains vinrent en Espagne reprocher à Annibal cette violation des traités. Le général répondit qu'il avait autre chose à faire que d'écouter des harangues; les députés alors passèrent à Carthage et demandèrent qu'on leur liviât Annibal; mais c'était demander plus qu'on ne pouvait leur accorder. Quand Sagonte eut été prise et ruinée, après la plus héroïque défense, une nouvelle députation vint exiger une éclatante satisfaction. Sur la réponse évasive du sénat, Fabius, chef de l'ambassade, relevant un pan de sa toge : " Je vous apporte," dit-il, "la guerre et la paix; choisissez." Les Carthaginois partagés entre la crainte et la haine lui crièrent : " Choisissez vous-même." Il laissa retomber sa toge et répliqua : "Je vous donne la guerre." "Nous l'acceptons," dirent-ils, "nous saurons la soutenir." — J. J. GuiLLEMIN.