‹ A French prose readerChapitre 24 sur 108 · Gombavld · texte numérisé non relu

Gombavld

Jean-Ogier de Gombaulcl avait déjà trente ans quand il vint à Paris, en 1G0G. M. de Gombauld le père avait mené si joyeusement son temps, en sa province, qu'il avait mangé tout son avoir. Jean, habitué à bien vivre dans sa première jeunesse, fut tout stupéfait de se trouver seul au monde et sans argent. Heureusement, il tenait de la nature un trésor précieux : c'était l'ordre, la patience, la faculté, rare chez les jeunes gens, de régler sa vie sur sa fortune. En outre, il avait une instruction solide, qu'il devait à son goût pour l'étude. Il faisait de fort beaux vers pour l'époque, et jouait de la mandore, sorte de guitare à quatre cordes, qui n'était déjà plus de mode alors, mais dont il savait admirablement tirer parti.

Jean de Gombauld était un grand garçon bien fait, d'une figure mélancolique, froid en apparence, mais doué d'un cœur excellent, et brave comme sa rapière, qu'il portait avec une aisance remarquable. Il avait l'esprit modeste et l'âme fière.

En arrivant à Paris, il aurait pu gagner beaucoup d'argent à donner des leçons de musique, si sa qualité de gentilhomme ne lui eût interdit cette profession. Il alla donc chez un libraire nommé Courbé, qui lui acheta, pour une bien faible somme, un petit volume de sonnets. Ces vers eurent tant de succès, que l'auteur se vit aussitôt recherché de tous les amateurs de poésie, et enregistré parmi les beaux esprits du jour. 11 n'en était pas plus riche, et faisait maigre chère dans son petit logement de la rue des Ktuves, à l'auberge du Barillet. Cependant M. Courbé lui paya raisonnablement la seconde édition de son volume, et lui demanda la permission de s'intituler à l'avenir : libraire de M. de Gombauld, gentilhomme "xaintongeois." — Paul DE Musset.

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