Oxford
J'ai déjà parcouru la ville ; j'y erre encore aujourd'hui tout seul a la chute du jour. Tant de collèges, chacun avec sa chapelle et ses grands murs d'enceinte à créneaux, ces architectures diverses et multipliées de tout âge, en style
gothique, en style Tudor, en style du dix-septième siècle, ces larges cours avec leurs statues et un jet central d'eau jaillissante, ces balustres qui découpent l'azur tendre du ciel au sommet des édifices, ces chaires en pierre ouvragée, à chaque détour de rue quelque haut clocher conique, tant de nobles formes en un petit espace! 11 y a là un musée naturel, où se sont accumulés les travaux et les inventions de six siècles. La pierre usée, exfoliée, n'en est que plus vénérable. On est si bien parmi les vieilles choses ! D'autant plus qu'ici elles ne sont que vieilles, point négligées ou demi-ruinées, comme en Italie, mais pieusement conservées, restaurées, et, depuis leur fondation, toujours aux mains de gardiens riches, respectueux, intelligents. Des lierres posent sur les murailles leur ample draperie ; des fleurs sauvages empanachent les crêtes de tous les murs ; de riches gazons, soigneusement entretenus, étendent leurs tapis jusque sous les arcades des galeries. . . . On avance. Au bout de la ville, des arbres séculaires font promenoir ; sous leurs branches, deux rivières vives couleut à pleins bords ; au-delà, les yeux se reposent délicieusement sur des prairies qui regorgent d'herbes en graine et en fleur. ... La campagne est dans tout le luxe de sa fraîcheur. Pour peu que le soleil se dégage, elle sourit avec une joie charmante ; on dirait une belle vierge timide, heureuse sous son voile qui vient de s'enti'ouviir. Cependant le jour tombe, et des blancheurs vagues s'élèvent au-dessus des prairies ; sous leur gaze molle, la rivière luit avec des reflets noirs ; le silence se fait ; sauf les cloches qui tintent mélodieusement dans le clocher de Christ Church, on ne se croirait j imais à cent pas d'une ville. Comme l'étude est ici recueillie et poétique ! — Taine.