‹ A French prose readerChapitre 37 sur 108 · Madame Blanchecolte · texte numérisé non relu

Madame Blanchecolte

Claire est une personne petite, épaisse, embarrassée et gauche. Sa figure a de gros traits rrréguliers et lourds, et laisse, à première vue, une impression désagréable. Il faut y regarder à deux fois pour découvrir une âme sous ce masque de chair. Mais, si l'on veut bien s'en donner la peine, on sera fort étonné du jugement tout différent du premier qu'on sera obligé de porter sur elle.

Il y a de la finesse dans ce regard triste et doux, malgré la vivacité insouciante que semblent annoncer les yeux. Il y a de la bonté dans cette physionomie, et sous cette figure, malgré certaines lignes qui vous avertissent que Claire a souffert, et que l'expérience et la peine l'ont mise en garde contre les autres, quelque chose de complexe dans l'expression contradictoire des traits, témoigne de la lutte incessante qui a lieu dans cette nature. Le premier mouvement est combattu par la certitude acquise du désenchantement. Il y a double individualité en elle : l'être qui croit, qui aime, qui est indulgent et clément ; l'être, tout différent, qui veut recouvrir le premier, qui se souvient d'avoir été dupe et qui ne veut plus l'être ; qui analyse sa souffrance et qui déconcerte le bonheur. Ne vous y méprenez donc pas : Claire n'est pas l'être insignifiant et crédule qu'elle paraît : elle observe prodigieusement, et il serait difficile de la tromper par une feinte quelconque ; son silence est loin d'être un assentiment ; c'est une réserve et un jugement ; on ne peut pas la prendre au piège, parcequ'elle ne peut plus se faire illusion ni être déçue. La pauvreté lui a valu cette rude éducation solitaire, qui a mis une écorce autour de son âme, pour ne rien laisser évaporer des trésors qui y sont renfermés. Bienheureux ses amis ! Ceux que la vie a découragés, qui ont besoin d'une amitié sûre et qui la méritent, se trouvent bien de counaitre Claire et s'en retournent consolés. — Louis Blanx*.

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