Platon. — Voyage en Sicile
Platon avait environ quarante ans quand il fit le voyage de Sicile pour voir l'Etna. Denys, tyran de Syracuse, désira de l'entretenir. La conversation roula sur le bonheur, sur la justice, sur la véritable grandeur. Platon ayant soutenu que rien n'est si lâche et si malheureux qu'un prince injuste, Denys en colère lui dit : " Vous parlez comme un radoteur." " Et vous comme un tyran," répondit Platon. Cette réponse pensa lui coûter la vie.
Denys ne lui permit de s'embarquer sur une galère qui retournait en Grèce, qu'après avoir exigé du commandant qu'il le jetterait à la mer, ou qu'il s'en déferait comme d'un vil esclave. Il fut vendu, racheté et ramené clans sa patrie. Quelque temps après, le roi de Syracuse, incapable de remords, mais jaloux de l'estime des Grecs, lui écrivait ; et, l'ayant prié de l'épargner dans ses discours, il n'en reçut que cette réponse méprisante : " Je n'ai pas assez de loisir pour me souvenir de Denys."
A son retour, Platon se fit un genre de vie dont il ne s'est plus écarté. Il a continué de s'abstenir des affaires publiques, parce que, suivant lui, nous ne pouvons plus être conduits au bien ni par la persuasion, ni par la force ; mais il a recueilli les lumières éparses dans les contrées qu'il avait parcourues ; et, conciliant autant qu'il est possible, les opinions des philosophes qui l'avaient précédé, il en composa un système qu'il développa dans ses écrits et dans ses conférences. Ses ouvrages sont en forme de dialogue. Socrate en est le principal interlocuteur. — Barthélémy.