‹ A French prose readerChapitre 5 sur 108 · Génie dt Mirabeau · texte numérisé non relu

Génie dt Mirabeau

En considérant Mirabeau comme écrivain, on lui a reproché du néologisme : ce reproche qui n'est pas tout à fait injuste, a été «lu moins fort exagéré. Qu'on relise avec attention ses discours, et ils composent cinq volumes : qu'y pourrait-on reprendre à cet égard 1 douze ou quinze termes m niveaux, dont quelques-uns étaient nécessaires pour exprimer des idées nouvelles. Comme orateur, il possédait la plupart des qualités essentielles : élévation, force, entrainement; ajoutez-y de vastes connaissances, et une portée plus grande, qui lui faisait presque deviner les connaissances qu'il n'avait pas encore acquises. Il ne faut pas oublier un amour-propre habile et caressant pour celui des autres, l'art de profiter de toutes les lumières, de rallier à lui tous les talents distingués, d'en faire les artisans de sa gloire, les collaborateurs de ses travaux, et de conserver sur eux l'ascendant, non de l'orgueil, mais d'une vraie supériorité. Nul ne sut mieux à la fois convaincre la raison et remuer les passions d'une assemblée. Tout ce qui le distinguait au milieu des hommes réunis, il le conservait dans l'intimité : séduisant par les charmes d'une conversation riche, animée, originale : réunissant, ce qui semble contraire aux esprits étroits, le goût des études abstraites, le goût des beaux-arts, et faisant tout servir à son ambition, qu'il ne cachait pas, mais qu'il gouvernait comme son éloquence. Homme du premier ordre à la tribune, il l'eût encore été dans le ministère. Les intérêts, les événements, à mesure qu'ils acquéraient de l'importance, s'élevaient au niveau et de son caractère et de son talent. Gêné dans les objets vulgaires, il était à son aise dans les grandes choses. — MARIE-JOSEPH DE ChÉNIER

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