‹ A French prose readerChapitre 40 sur 108 · L'Etudiant à Berlin · texte numérisé non relu

L'Etudiant à Berlin

En chambre garnie, l'étudiant dépense peu ; le terme se mesure à la misère des hôtes ; on trouve des chambres à vingt marks. Le matin, la tasse de café et les deux petits pains sont fournis par l'hôtesse ; on déjeune à bon marché dans les restaurants : il y a, par exemple, derrière l'Université, une certaine " Brasserie académique" (Akademische Bîerhalle) où l'on est sans doute un peu serré, un peu pressé par les nouveaux arrivants en quête de place, mais où l'on "se nourrit " suffisamment pour soixante-dix ou soixantequinze pfennings. Le soir, enfin — on mange peu à Berlin — notre étudiant restera chez lui, il tirera de son armoire son paquet de thé et sa théière, sa miche de pain bis et son pot de beurre ; son hôtesse lui apportera le saucisson ou le hareng quotidien, et le souper sera prêt. Il reste bien, en dehors de tout cela, les deux plus grosses dépenses : les moss de bière et les cigares ; mais un budget, même assez maigre, peut encore y suffire.

L'économie, voilà donc un des avantages du milieu où vit l'étudiant. D'ailleurs, il ne s'y déplaît pas : il a des goûts simples. Sa chambre, petite, est vite chaude, et sa table de travail n'est pas loin du grand poêle en faïence. 11 s'est couché tard, il se lève tard aussi ; le matin quand vient son café, il n'a que la peine de dire, en se retournant sur l'oreiller : Rerein! "Entrez !" Il ne s'occupe de rien. Son pain, son beurre, c'est l'hôtesse qui les achète; sa bougie, le pétrole de sa lampe, c'est l'hôtesse qui les lui fournit; son linge, c'est l'hôtesse qui le fait laver ; le hareng de son souper, c'est quelquefois la fille de l'hôtesse qui le lui apporte et qui, pour être pauvre, n'en est pas toujours plus déplaisante. Il n'a pas de préjugés. Il ne voit pas de mal à ce que la porte en face, de l'autre côté du palier, soit celle de Mlle. Lischen.

Et, malgré tout, il reste sérieux. Souvent même, il est vertueux et sentimental, car cette race germanique, qui allie si étrangement la poésie au terre-à-terre, offre des mélanges et des contrastes qui nous surprennent. Aussi serait-il injuste de ne laisser voir qu'un seul côté des choses, et le plus vulgaire. Il ne faut pas oublier l'autre ; celui-là est réel aussi. — "Le Temps."

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