La Santé d'une Armée en Campagne
Il y a longtemps qu'on avait remarqué la rapidité avec laquelle disparaissaient, en s'effondrant pour ainsi dire sur elles-mêmes, des armées qui étaient superbes au début d'une campagne. Depuis que les idées démocratiques ont pénétré dans les mœurs publiques sous cette forme, acceptée de tous en principe, que c'est une obligation étroite pour le gouvernement et pour la société de veiller aux intérêts des populations, les esprits ont été plus fortement saisis qu'auparavant de cette observation déjà ancienne, que les ravages commis dans la guerre par le fer et par le feu, quelque cruels qu'ils soient, ne sont que secondaires en comparaison de ceux qui proviennent des maladies. Les hommes portés aux améliorations publiques se sont livrés à des recherches que dans plusieurs des grands états, notamment en France, l'administration elle-même a facilitées. Aux indications sommaires que l'on avait pu réunir relativement aux guerres de la république et du premier empire, à celles qui çà et là ont marqué les trente ou quarante premières années du siècle (la guerre des Russes contre les Turcs en 1828 par exemple), ont succédé des relevés dignes de foi concernant les guerres des vingt dernières années. Chez nous, le principal mérite de ces recherches statistiques appartient au docteur Chenu, qui a courageusement rempli le devoir d'un bon citoyen. Ses publications ont justement obtenu la faveur publique et les récompenses de l'Académie des Sciences. On a eu ainsi des révélations navrantes, irrécusables. On sait maintenant, à n'en pas douter, que, pour un homme tué ou blessé à mort dans les combats, il y en a trois, quatre, dix quelquefois, qui périssent pour d'autres causes. Des hommes éminents dans l'art médical, les médecins en chef de nos armées euxmêmes, ayant scruté les faits à la lumière de leur savoir et sous l'inspiration de leur patriotisme, ces causes ont été reconnues en détail, et les moyens à y opposer ont été expressément signalés. — Michel Chevalier.