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L'Art décoratif chez les Anciens

Les principes de l'art décoratif des anciens ont donné lieu à des discussions stériles qui auraient pu devenir fructueuses, si, au lieu d'ouvrir les livres, on avait interrogé les monuments. En jetant un coup d'œil sur la plus modeste collection d'objets antiques, de bijoux, de bronzes, d'ivoires, on est frappé de l'emploi systématique que les artistes d'autrefois faisaient de certaines parties du corps humain ou du corps animal pour donner de la vie aux objets usuels. Cette préoccupation d'animer, de personnifier la nature morte domine toutes les autres. Voyez ce collier d'or décoré d'un masque de Silène, ces pendants d'oreilles représentant un Amour au vol ou Ganymède ravi par l'aigle de Jupiter, cette épingle à cheveux couronnée d'un buste de Vénus ou d'une main ouverte ; l'artiste n'avait-il pas l'intention manifeste de substituer le beau à l'utile, l'esprit à la matière 1 Ici ce sont des têtes de cheval ou de mulet ornant les bras d'un siège, là c'est une tête de bélier terminant les cannelures d'un manche de patère, ou une poignée de miroir en forme de pied de chevreuil. S'agit-il d'inventer le motif d'une anse de ciste, on y dresse un groupe de figures aux bras entrelacés ou un acrobate qui fait la culbute. Les poids de la balance, afin d'être plus inviolables, représentent des bustes de divinités ou d'empereurs romains ; des têtes de cygne à l'encolure souple et gracieuse réunissent l'anse au corps du vase, un doigt recourbé remplace le crochet, un mascaron de lion à la gueule béante orne le timon du chariot ou l'orifice de la gouttière du toit.

Dans l'introduction à son catalogue du musée de Berlin, M. Friederichs, que la mort vient d'enlever à la science, a consacré quelques pages charmantes à cette tendance de l'art décoratif. On pourrait donner une plus grande extension ta son travail, l'amplifier par des faits analogues, des comparaisons nouvelles, sans y ajouter rien d'essentiel ni en modifier la portée ; mais il nous tarde d'examiner une question du même genre, qui n'est pas moins intéressante : elle jettera un jour inattendu sur les habitudes d'atelier des artistes grecs, et nous permettra peut-être d'entrevoir le secret de certains procédés techniques qu'on n'a pas encore réussi à pénétrer. — Frôhner.

52. — Il Indigence à Paris et l'Assistance publique. De tout temps, l'exercice de la charité a été un plaisir pour les âmes miséricordieuses et une nécessité politique pour les gouvernements; aussi, à côté de la bienfaisance individuelle et des associations libres, il n'est pas rare de retrouver une ingérence directe de l'état, qui, sous une forme ou sous une autre, organise les secours d'une façon régulière. Les ordres religieux, obéissant aux préceptes de la morale chrétienne et mus par l'esprit d'envahissement qui leur est propre, ont souvent cherché et cherchent encore à substituer leur action exclusive à celle des particuliers et des gouvernements. Il n'y a pas longtemps que ceux-ci ont renoncé aux vieux usages monarchiques, et plus d'une fois ils ont trouvé moyen de donner à la charité des apparences qui la rendaient condamnable. Dans les jours de réjouissance publique, on pensait aux pauvres, mais avec cette hauteur malséante que les grands affectaient envers le menu peuple ; on faisait ce qu'on appelait alors des largesses ; on jetait à la foule des pièces de monnaie et des vivres. Ces avilissantes distributions étaient de tradition royale, et elles n'ont disparu qu'avec les Bourbons de la branche aînée. Je me souviens d'avoir vu la dernière qui eut lieu à Paris, sous la restauration. C'était aux Champs-Elysées. Dans le quinconce de gauche en entrant était dressée une sorte d'immense estrade en planches, semblable à une tour carrée, d'où s'échappait un ruisseau de vin violàtre ; quelques humbles fonctionnaires, debout et ricanant, lançaient à toute volée des cervelas, des saucissons et du pain. Des hommes, des femmes se roulaient sur le sol, s'arrachant cette charcuterie médiocre, pendant que d'autres portant des cruches, des seaux, des éponges emmanchées au bout d'un bâton, se ruaient, s'étouffaient pour arriver jusqu'à la fontaine de vin. C'était hideux ; quelques gendarmes avaient grand'peine à empêcher les ivrognes tombés par terre d'être piétines par les impatients ; il faisait un temps gris et froid, ce devait être le 4 novembre, le jour de la Saint-Charles ; la peur me prit devant cette tourbe violente, et je me sauvai. Moins d'un an après, la révolution de juillet emportait pour toujours cette mauvaise coutume de l'ancien régime. — Maxime du Camp.

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