‹ A French prose readerChapitre 68 sur 108 · Coutumes chinoises · texte numérisé non relu

Coutumes chinoises

Tout, jusqu'aux simples inclinations de tête, est ainsi réglé par le menu, on pourrait dire noté. L'ensemble de ces règles de bien-séance est élevé à la hauteur d'une science sociale ; et à Pékin le tribunal des rites veille sur ce grotesque dépôt avec une aussi jalouse inquiétude que tel corps politique en Europe au maintien d'une constitution. — Fait-on visite à un mandarin, il faut commencer par lui faire porter sa carte. Cette carte est un morceau de papier rouge sur lequel on écrit son nom en le faisant suivre d'une phrase polie, comme " l'ami tendre et sincère de votre seigneurie et le disciple perpétuel de sa doctrine se présente en cette qualité pour vous rendre ses devoirs et vous faire la révérence jusqu'à terre." Si le mandarin est disposé à recevoir, il vient au-devant de son visiteur, l'invite à passer le premier ; l'autre répond : Je n'ose, et après une infinité de gestes convenus et de phrases obligatoires le maître de la maison salue la chaise qu'il destine à son hôte et l'époussette "légèrement avec un pan de sa robe pour en ôter la poussière." — Veut-on écrire à une personne considérable, il faut "se servir d'un papier blanc qui ait dix ou douze replis à la manière des paravens ; c'est sur le second pli qu'on commence la lettre, et à la fin on met son nom. Plus le caractère que l'on emploie est petit, plus il est respectueux." La lettre une fois faite, on la place dans un petit sac de papier sur lequel on écrit : la lettre est dedans. Lorsqu'il s'agit de papiers d'affaires expédiés à la cour, on attache une

plume au paquet, et ce symbole indique au messager qu'il doit avoir des ailes. — Nous avons reçu nous-mêmes la visite de dix mandarins à la fois, et, suivant l'usage, nous leur fîmes du thé, en commençant par le plus élevé' en grade. Celui-ci fit mine d'offrir sa tasse au second, puis au troisième, jusqu'au dernier inclusivement. Tous ayant poliment refusé, il se mit alors seulement en devoir de boire. Le second, à son tour, présenta sa tasse aux huit autres, et ainsi de suite jusqu'à l'avant - dernier, qui ne manqua pas lui - même d'essuyer le refus du dernier. Tout cela se passait avec un sérieux imperturbable, et nous avions besoin pour ne pas rire de nous rappeler toutes les nuances clans la conduite et dans le langage qui distinguent en Europe la bonne compagnie.— L. M. de Carné.

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