‹ A French prose readerChapitre 67 sur 108 · Contâmes chinoises · texte numérisé non relu

Contâmes chinoises

" Un festin doit toujours être précédé de trois invitations, qui se font par autant de billets qu'on écrit à ceux qu'on veut régaler. La première invitation se fait la veille ; la seconde se fait le matin du jour destiné au repas, pour faire ressouvenir les convives de la prière qu'on leur a faite et les prier de nouveau de n'y pas manquer ; enfin la troisième se fait, lorsque tout est prêt et que le maître de la maison est libre, par un troisième billet, qu'il leur fait porter par un de ses gens pour leur dire l'impatience extrême qu'il a de les voir. . . . Suivant les anciens usages de la Chine, la place d'honneur se donne aux étrangers, et parmi les étrangers à celui qui vient de plus loin ; le maître de la maison occupe toujours la plus humble. Quand celui qui donne le repas introduit ses hôtes dans la salle du festin, il les salue les uns après les autres ; il fait ensuite verser du vin dans une tasse de porcelaine, et, après avoir fait la révérence au plus considérable des convives, il va la poser devant lui. Celui-ci répond à cette civilité par les mouvements qu'il se donne pour l'empêcher de prendre ce soin, et en même temps il se fait apporter du vin dans une tasse et fait quelques pas pour la porter vers la place du maître du festin, qui à son tour l'en empêche avec certains termes ordinaires de civilité. . . . On commence toujours le festin par boire du vin pur. Le maître d'hôtel, un genou en terre, y exhorte à haute voix tous les convives. Alors chacun prend sa tasse des deux mains et l'élève jusqu'au front, puis, la baissant plus bas

que la table et la portant tous ensuite près de la bouche, ils boivent lentement, à trois ou quatre reprises, et le maître ne manque pas de les inviter à tout boire ; c'est ce qu'il fait le premier, puis, montrant le fond de sa tasse, il leur fait voir qu'il l'a entièrement vidée, et que chacun doit faire de même. . . . Au commencement du second service, chaque convié fait apporter par un de ses valets divers petits sacs de papier rouge qui contiennent un peu d'argent pour le cuisinier, pour les maîtres d'hôtel, pour les comédiens et pour ceux qui servent à table. On donne plus ou moins, selon la qualité de la personne qui vous a régalé ; mais l'on ne fait ce petit présent que lorsque le festin est accompagné de la comédie. L'amphitryon ne consent à accepter l'offrande qu'après avoir fait quelques difficultés. En reconduisant ses hôtes, le maître de la maison ne manque pas de leur dire : Nous vous avons bien mal reçus, etc." — L. M. de Carné.

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