‹ A French prose readerChapitre 71 sur 108 · Alma-Tadéma · texte numérisé non relu

Alma-Tadéma

Un homme en costume antique et couronné de fleur- i si assis sur de riches coussins, entouré de tout ce qui, peut rendre la vie agréable et la servitude "dorée," de. beaux fruits, de brillantes draperies, des trésors. De lourdes chaînes traînent à ses mains et à ses pieds : c'est là toute la moralité de l'œuvre, et, il faut le dire aussi, tout son intérêt. Du reste, ce voluptueux prisonnier a l'air fort calme, fort indifférent à tout ce qui se passe, et évidemment il ne se doute guère des réflexions philosophiques qui lui ont donné le jour.

.M. Alma-Tadéma est par certains côtés un fils de .M. Couture et de M. Gérome. Ses admirateurs lui assignent, il est vrai, une origine bien plus relevée, et le font descendre en droite ligne de la renaissance. C'est remonter vraiment beaucoup trop haut. M. Alma-Tadéma est un artiste de talent ; mais malgré certaines recherches d'archaïsme et certains choix de sujets grecs ou romains il nous paraît avoir un génie des plus modernes. Son amour de l'antiquité a quelque chose de posthume et, si j'ose ainsi parler, de néo-grec qui conviendrait mieux à la maison pompéienne de l'avenue Montaigne qu'aux galeries du Vatican ou au palais des césars. Avec beaucoup d'esprit et une certaine originalité, il a ces deux travers de notre temps, l'abus de la caricature et l'abus de l'archéologie. Son Empereur romain représente une des scènes les plus connues de cette tragicomédie sanglante de la décadence romaine où la soldatesque

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faisait passer de mains en mains l'empire du monde, acclamant et immolant tour à tour des maîtres dont elle se faisait des jouets ou des idoles. Après le meurtre de Caligula, Claude, craignant le sort de son neveu, s'est caché derrière une des tapisseries du palais, et c'est là que les prétoriens le découvrent et le saluent empereur. Le pauvre imbécile, encore tout épouvanté, s'accroche à la draperie où il a cherché un refuge, et que soulève un centurion, en le saluant avec une affectation de respect ironique. Ses mains se crispent dans les plis du rideau, son visage blême et ahuri a ce rictus inquiet et bestial dont parle Suétone. A ces pieds, le cadavre du dernier empereur attend qu'on le traîne à la voirie. De l'autre côté, une foule de soldats et de femmes agitent les aigles et acclament en riant le nouveau césar. C'est bien là une de ces séditions de palais à la fois féroces et plaisantes qui commencent dans le sang et finissent par se noyer dans le vin. — Ernest Duvergier

DE HaURANNE.

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