‹ A French prose readerChapitre 76 sur 108 · Comment Frédéric Je Grand comprenait la Diplomatie · texte numérisé non relu

Comment Frédéric Je Grand comprenait la Diplomatie

Ce qu'il voulait, ou put s'en douter lorsque, ayant obtenu sans peine le droit de passage, au moment où il commentait à l'opérer sans permission, on le vit tranquillement occuper le pays, comme s'il en eût été le maître ou le conquérant, démanteler les forteresses, lever des contributions, s'emparer des deniers qui se trouvaient dans les caisses publiques et mettre aux arrêts les officiers ou les fonctionnaires qui faisaient mine de résister à ces étranges procédés. Aux réclamations épouvantées du roi de Pologne, Frédéric répondit sans s'émouvoir qu'il était plein d'affection pour un si grand prince, mais que le soin de sa propre sûreté l'obligeait de prendre ses précautions contre les noirs complots d'un premier ministre devenu l'instrument de ses ennemis. Seconde, puis troisième ambassade du pauvre roi, jurant qu'il n'y avait dans son fait, pas plus que dans celui de son ministre, la moindre trace ni de complot ni de noirceur, et offrant, sous la forme d'une convention de neutralité, toutes les garanties qu'un belligérant pouvait désirer. Point d'autre réponse à ces propositions que le même mélange de plaintes vagues et de violences effectives. Le ministre d'Angleterre lui-même, lord Stormont, qui, sur la demande du roi de Pologne, consentit à se rendre au camp prussien, ne put rapporter aucune parole claire. Enfin, au bout de quinze jours d'allées et de venues, Frédéric consentit à s'expliquer. Ce qu'il lui fallait, ce n'était ni un simple passage de troupes, ni même une simple

neutralité ; c'était l'incorporation des troupes saxonnes dans sa propre armée, en les soumettant d'abord à la formalité préalable de lui prêter serment de fidélité à lui-même. " Grand Dieu ! s'écria en bondissant l'envoyé saxon, pareille chose est sans exemple dans le monde. — Croyez-vous, monsieur 1 répliqua le roi. Je pense qu'il y en a, et quand il n'y en aurait pas, je ne sais si vous savez que je me pique d'être original. . . . Enfin telle est ma condition. Il faut que la Saxe coure la même fortune et le même risque que mes états. Si je suis heureux, le roi de Pologue sera dédommagé de tout, et je songerai à ses intérêts autant qu'aux miens, et pour le qu'en dira-t-on, nous enjoliverons le traité de quantité de bonbons. . . . Faites bien mes complimens au roi de Pologne, et dites-lui que je suis bien fâché de ne pouvoir me désister de mes prétentions. . . . C'est mon dernier mot, et il m'enverrait un archange que je n'y pourrais rien changer. Dans la position où je me trouve, sachant tout ce qu'on a fait ou voulu faire contre moi, je pourrais faire l'impertinent, mais j'offre le plus doux." — Le Duc A. de Broglie.

Page 1