‹ A French prose readerChapitre 77 sur 108 · La Révolution française · texte numérisé non relu

La Révolution française

"La démocratie et toutes ses fureurs, dit Malouet, sont nées des prétentions irritantes de l'aristocratie." La vérité me force d'ajouter : et des préjugés de la royauté, ce qui n'excuse en rien les fureurs de la démocratie. La défiance a envenimé tous les cœurs, et dans ceux où les passions dominent, elle a déchaîné la haine et la peur. La peur s'est servie de la haine pour se défendre ; la haine s'est servie de la peur pour se venger. Voilà la source de tous les crimes politiques ; puis, comme ces sortes de crimes ont ce caractère d'avoir besoin plus que tous les autres d'hypocrisie, on a inventé après coup une raison d'état pour les motiver. Cela s'est vu dans tous les temps.

C'est torturer l'histoire et la morale que d'essayer une apologie de la terreur. Il n'y a pas de sophisme, il n'y a pas de mensonge qui puisse prévaloir contre la conscience de l'humanité. Les livres odieux où l'on essaie de défendre ce qui défie toute défense ressemblent à ces peintures du Vatican que des papes ont commandées en l'honneur de la Saint Barthélémy. C'est l'art qui se pervertit au service du crime. La terreur est pour la révolution française la tache de sang que lady Macbeth ne peut effacer ; du moins ne rendons jamais le présent complice du passé. Souvenonsnous d'un noble exemple. Nous avons tous vu une révolution téméraire qui, née dans un orage, pouvait réveiller de funestes passions. Qu'a-t-elle fait 1 Dès le premier jour, elle a aboli le serment et la peine de mort. Elle a donné

ainsi une sauvegarde à l'honneur et à l'humanité. Les républicains qui ont fait cela, la peur et la haine ne les inspiraient pas.

Ainsi les fautes des partis ne sont pas éternelles, et il dépend toujours des hommes de s'éclairer et de dominer leurs passions par leurs lumières. Les difficultés sous le poids desquelles a succombé la vaillante sagesse de nos pères viennent d'être relevées et mises tellement dans leur jour, qu'on pourra les supposer équivalentes à des impossibilités. Cela paraît ainsi, lorsqu'à une certaine distance des événements on n'observe que les situations générales qui ont abouti à un désastre. Les causes qui l'ont produit paraissent de loin irrésistibles. On ne raisonne que sur les événements donnés, et les causes générales, en étant données également, paraissent amenées par la fatalité, puisqu'un lien nécessaire unit la cause à l'effet ; mais les causes générales ne font pas tout en ce monde. La critique historique du temps est portée à ne voir qu'elles. Elle a tort et s'expose ainsi à bien des erreurs quand elle raconte le passé. Elle en commettrait de plus graves encore, si elle venait à diriger seule les hommes dans l'action. — Charles de Kémtjsat.

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